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lundi 12 octobre 2020

[Collège de Noé] 16 octobre 2020 - Mode et Liberté ou est la limite ?


Des vêtements jugés “inadaptés” ont conduit à une procédure disciplinaire dans un collège de l’Isère. Si l’on ne connaît pas encore l’issue de cette histoire dévoilée mardi 8 octobre, elle interroge sur la capacité des établissements scolaires à déterminer ce que sont des vêtements “corrects”.

Le rectorat a jugé la tenue de la jeune fille en question inadaptée ”à une situation de travail, en vertu du règlement intérieur”. Avant cela, deux surveillantes lui avaient souligné que sa robe et son débardeur étaient “provocants”.

Que dit la loi à ce sujet? Des directives émanent-elles du ministère de l’Éducation ou les collèges et lycées sont-ils libres d’écrire leurs propres règlements intérieurs?

Règlements intérieurs de chaque établissement


Contacté par Le HuffPost, le ministère de l’Éducation indique que le contrôle des tenues vestimentaires relève de la compétence des règlements intérieurs de chaque établissement.

Les collèges et lycées doivent toutefois respecter quelques consignes qui sont disponibles sur le site du ministère de l’Éducation et qui ne sont pas spécifiques aux vêtements. Un règlement intérieur doit par exemple “déterminer les conditions dans lesquelles sont mises en œuvre la liberté d’information et la liberté d’expression dont dispose chaque élève, dans le respect du pluralisme et du principe de neutralité, le respect des principes de laïcité et de pluralisme” ou encore “le devoir de tolérance et de respect d’autrui dans sa personnalité et dans ses convictions”.

Il faut savoir qu’un règlement intérieur, s’il est préparé par le collège et le lycée, en concertation avec des personnels élus de l’établissement ainsi que des représentants d’élèves et parents d’élèves, est aussi “examiné et voté par le conseil d’administration, puis transmis au recteur d’académie”.

Loi française

Sachant cela, il faut bien sûr garder en tête la loi française. Ainsi, la loi de 2004 sur la laïcité stipule que “dans les écoles, les collèges et les lycées publics, le port de signes ou tenues par lesquels les élèves manifestent ostensiblement une appartenance religieuse est interdit. Le règlement intérieur rappelle que la mise en œuvre d’une procédure disciplinaire est précédée d’un dialogue avec l’élève.” Selon une autre loi, de 2010, “nul ne peut, dans l’espace public, porter une tenue destinée à dissimuler son visage.” Ces lois sur les signes ou tenues religieux, aucun établissement ne peut évidemment les ignorer.

Le ministère de l’Éducation précise par ailleurs que certains règlements stipulent également des restrictions vestimentaires pour des raisons d’hygiène ou de sécurité.

Par exemple, dans celui de l’université Paris Descartes, il est indiqué que: “Les tenues vestimentaires doivent être conformes aux règles d’hygiène et de sécurité et être adaptées aux activités suivies, notamment aux activités sportives et de travaux pratiques en laboratoire. Dans ce dernier cas, ne peuvent être admis notamment les vêtements ou accessoires flottants ou facilement inflammables, ou susceptibles d’entraver le port des équipements de protection individuelle.”


De nombreux cas similaires

Au-delà de ces quelques conditions, c’est au bon vouloir des établissements. Qu’est-ce qu’une tenue “correcte” acceptée par un collège, un lycée ou une université? “Le cadre juridique sur les ‘tenues correctes’ reste assez flou”, confirme l’avocate Valérie Piau auprès du Figaro. Dans le règlement intérieur du lycée professionnel privé Saint François d’Assise, sont par exemple interdits: “les pantalons et vestes déchirés et troués, les pantalons laissant apparaître les sous-vêtements, les jupes courtes, les shorts, les bermudas, les sarouels, les joggings (en dehors des heures de cours d’EPS), les casquettes, les bobs, les capuches, les foulards”.

Étant donné les différences au sein des différents établissements, le cas du collège de l’Isère, qui fait polémique en ce moment, n’est pas isolé. En 2016, un lycéen d’Albi, en Occitanie, avait été convoqué par son CPE parce qu’il se maquillait. La même, le lycée Condorcet, à Limay dans les Yvelines, avait même interdit le port du jogging.

En ce qui concerne l’adolescente de l’Isère, le rectorat a précisé à l’AFP: “On parle d’adolescents, de leur construction, de leur rapport à l’autre et de l’importance du vêtement dans notre société. On est dans un processus éducatif, qui n’est pas mis en place pour stigmatiser ou punir, mais pour faire prendre conscience. Il y a un règlement et ce dernier doit être appliqué”.


Nous nous sentons tous concernés par les questions touchant aux droits culturels : en notre qualité de citoyens attachés aux patrimoines reçus en héritage et soucieux de bénéficier des progrès de la pensée et des sciences en tous domaines, membres de nos familles et de nos communautés diverses, individus capables de voyager, au sens propre comme au sens figuré, avides de sens, d’explication du monde et de beauté.
 

La définition des droits culturels actuellement utilisée dans le cadre des Nations unies 

 
Il s’agit d’une définition de travail, initialement proposée montre bien l’ampleur des enjeux : les droits culturels protègent les droits qu’ont les personnes, individuellement et collectivement, de développer et d’exprimer leur humanité, leur vision du monde et la signification qu’elles donnent à leur existence, à travers, notamment, des valeurs, des croyances, des convictions, des langues, des connaissances, les arts, des institutions et des modes de vie. Ils protègent également l’accès aux ressources culturelles et aux patrimoines culturels : de même que le droit à l’information est indispensable aux libertés de pensée et d’expression, l’accès aux patrimoines est nécessaire aux processus d’identification et de développement culturels de la personne humaine. Par exemple, vivre sa liberté de religion demande de pouvoir accéder aux textes sacrés, s’exprimer dans une langue implique d’en avoir reçu l’enseignement, et poursuivre un mode de vie peut exiger la préservation du territoire dans lequel il s’inscrit.
 
Si les droits culturels font débat, en France comme ailleurs, c’est parce qu’ils abordent des questions fondamentales relatives au sens que nous voulons donner au monde. Ils protègent à la fois la sphère intime de l’individu et ses modes de relation aux autres. Ils se trouvent au cœur des discussions relatives au vivre ensemble, et sont par là même intimement liés aux enjeux de domination et de pouvoir dans les sociétés.

La vidéo ci-après est une conférence sur le thème de la séduction de Nicolas Guéguen.

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Voici quelques questions cruciales soulevées par les droits culturels : Qui a droit à l’expression artistique et pour dire quoi ? Quels sont les patrimoines auxquels j’ai un droit d’accès : ceux de ma famille, de ma communauté, de mon pays, d’autres communautés et d’autres pays ? Qui écrit et enseigne notre histoire, et quelle est l’histoire des autres ? Ai-je le droit de critiquer les patrimoines et les religions des autres ? Quels sont les valeurs, les récits et les groupes qui dominent l’espace public, à travers l’architecture, les arts, les mémoriaux ou encore les panneaux publicitaires ? Avec quelle légitimité et quelles conséquences ? Ai-je le droit d’exprimer ma vision du monde, par la parole, l’expression artistique, des pratiques culturelles ou un mode de vie ? Dans quelles limites ?

Le droit d'apparaître comme l'on le veut ? 


 Quelques vidéos 

 Le poids des apparences  


 Pourquoi accorde-t-on de l'importance à l'apparence physique ? 
Cours Philo Terminale 
Marie-Aude Baronian - Mode et Temps - Pop philosophie 2014 Bruxelles  


A écouter ou voir ailleurs sur le web 


Notre travail


samedi 3 octobre 2020

[Pour tous] 17 octobre 2020 - Peut-on aimer sans désir ?

Une question proposée par D. 


Quelques définitions

Amour(s)

Amour se dit en plusieurs sens.  Classiquement  on distingue trois formes de base : philia, eros et agapè.

Philia : ce serait l'amitié. Philia désignait à l'origine l'hospitalité, autrement dit « proprement non une relation sentimentale mais l'appartenance à un groupe social ». Dans l’Éthique à Nicomaque, Aristote appelle philia l'affection qui fait que nous aimons un être pour ce qu'il est, et non pour ce qu'il peut nous apporter. Le " Parce que c'était lui ; parce que c'était moi " de Michel de Montaigne. Dans l’Éthique à Nicomaque, Aristote appelle philia l'affection qui fait que nous aimons un être pour ce qu'il est, et non pour ce qu'il peut nous apporter. J'aime ma mère parce qu'elle est ma mère.

Eros : l'amour du partenaire sexuel qui inclurait le désir du corps de l'autre. Mais attention si pour nous Eros désigne clairement une relation incluant une sexualité dans la mythologie les choses ne sont pas si claire. Eros qui représente la puissance créatrice est accompagné de son frère Hilméros qui est le désir incontrôlable et de Pothos qui est ausi une personification du désir puis viendra Antéros qui personnifie l'amour en retour. Que de monde !

Agapé : l'amour de la cité nation qui irait aujourd'hui jusqu'à l'amour de son prochain. 

On peut aussi y ajouter Philautia et Storgê.

En bref on aurait : 

  • Agapé, l’amour universel ;
  • Éros, l’amour passion ;
  • Philia, l'amitié, l'amour réciproque, le plaisir de la compagnie ;
  • Philautia, l'amour de soi-même, ou amour-apropre (à ne pas confondre avec le narcissisme) ;
  • Storgê l'amour familial, comme l’amour d’un parent pour son enfant, le « prendre soin ».



"L’amour est désir, explique Socrate, et le désir est manque : Ce qu’on n’a pas, ce qu’on n’est pas, ce dont on manque, voilà les objets du désir et de l’amour. J’ajouterais volontiers : et voilà pourquoi il n’y a pas d’amour heureux. Si l’amour est manque, et dans la mesure où il est manque, nous n’avons guère le choix qu’entre deux positions amoureuses, ou deux positions quant à l’amour. Soit nous aimons celui ou celle que nous n’avons pas, et nous souffrons de ce manque : c’est ce qu’on appelle un chagrin d’amour. Soit nous avons celui ou celle qui ne nous manque plus, puisque nous l’avons, que nous n’aimons donc plus, puisque l’amour est manque, et c’est ce qu’on appelle un couple. Si bien que la seule réfutation vraie du platonisme, ce sont les couples heureux. C’est pour ça que Platon est un si grand philosophe, la plupart des couples lui donnent raison. Mais il suffit, en bonne logique, d’un seul contre-exemple pour lui donner tort dans sa prétention à l’universel. Or les couples heureux, malgré tout, cela existe aussi…."
L'amour selon Platon et Spinoza -André Comte-Sponville

Les définitions modernes 


Pour Francis Wolf l’amour, c’est un triangle définitionnel qui comprend trois traits : amitié, désir et passion. Personnellement, je préfère le définir comme le triangle Tendresse, Respect et pour finir (comme Wolf) : Désir. 
     Les bornes externes de Wolf : "L'amour est la fusion instable en proportion variables de l'amical, le passionnel et le désirant."

 



Mariana Alcoforado (1640 -1723) évoquait l'amour avec les mêmes termes dont usent saint Augustin ou Pascal pour évoquer Dieu. Elle attestait ainsi que l'amour est la forme profane d'une "expérience religieuse"; de sorte que personne ne serait capable d'amour s'il ne vivait dans l'attente de Dieu.

Dans les idées en place. Mon abécédaire philosophique, Nicolas Grimaldi déclare :"Tantôt l'amour est donc une grâce qu'on reçoit, et dont le principal effet est l'assurance qu'il ne finira pas. Tantôt c'est une grâce qu'on voudrait pouvoir donner : ce surcroît de joie, d'élan, de confiance et de force, qui transfuserait en un autre être cette vitalité qui est en nous, et que nous ne sentons s'accomplir que si un autre en jouit. L'une et l'autre expériences nous délivrent de notre solitude. Mais alors que la première nous abrite du temps, la seconde, à l'inverse, l'accomplit. Un amour nous dit : « Où je suis, tu demeures à jamais. Quoi que tu fasses, quoi qu'il t'advienne, en moi rien ne peut t'arriver. » Être aimé, c'est avoir en un autre être son éternité."


« Il avait suffi d’un changement léger de la coiffure, d’une robe différente, ou de l’atmosphère d’un lieu public pour rendre méconnaissable celle qu’on croyait déjà à jamais fixée dans la mémoire. Qui n’a pas éprouvé ce désappointement, dit Aragon, ne sait rien du véritable amour. » Car l’amour est de sang-mêlé. Quand il est céleste, l’amour pue les organes, et dès qu’il est charnel, il aspire à l’absolu. L’amour est impur, jaloux, inquiet, de mauvaise foi. Ôtez à l’amour tout ce qu’il n’est pas vraiment, vous obtiendrez l’indifférence. Enlevez-lui le désir, les regrets, la jalousie, la rage, le plaisir, la tendresse, la peur de mourir et l’impuissance, il n’en restera que du bois sec."



Mes bornes externes 

Le Désir

Le désir désigne la sensation d'attraction et d'attente à l'égard d'une personne, d'un objet, d'une situation ou d'un futur particulier. 
La question qui nous préoccupe est donc : Peut-on aimer sans désir ?

Le désir correspond à un lien physique, l'amour à un lien émotionnel. Le désir est impulsif, l'amour prend du temps. Avec le désir, on reste à la surface, l'amour est plus profond. 
Le désir est bref et soudain, l'amour est lent et stable. L'amour s'amplifie avec le temps, le désir s'éteint sur la durée. Le désir est égoïste, l'amour est tourné vers l'autre. 

"Le désir est souvent conçu comme l’expression d’un manque. Le mot vient d’ailleurs du langage des oracles où il désigne l’absence d’une étoile (siderius) dans le ciel. On distingue le désir du besoin (qui appelle une satisfaction urgente) et du souhait (dont la réalisation est souvent utopique). Lorsque le désir est si intense qu’il devient exclusif, on parle de passion. Inversement, l’absence de désir signale un manque de force (asthénie), de goût (apathie). Deux disciplines s’intéressent particulièrement au désir : la psychanalyse qui le rapproche de la pulsion, et la morale qui s’interroge sur la possibilité de contrôler les désirs. Ainsi Épicure distingue-t-il les désirs sains (naturels et nécessaires) et les désirs que doit fuir le sage (plaisirs du corps, quête des richesses, de la gloire…). L’attitude qui vise à annihiler les désirs, nommée ascétisme (de askesis : « exercice »), est peu valorisée par la philosophie (sauf dans le stoïcisme) parce qu’elle engendre souvent des frustrations qui peuvent conduire à la névrose ou à la perversion."

Je veux aussi vous parler du livre "L'amour liquide" du sociologue Zygmunt Bauman. Parfois, le fait d’établir un engagement est difficile pour de nombreuses personnes. Derrière cela, se cache un sens des responsabilités et de la transcendance personnelle qu’elles ne sont pas disposées à assumer. Il est possible qu’il existe même le facteur “peur” et l’immaturité personnelle, où il n’est pas possible de concevoir une relation solide, authentique et stable, avec un projet de futur. Le même Bauman nous explique que beaucoup de relations actuelles sont des “connexions plus que des relations”. Nous ne sommes plus en train de parler uniquement de la primauté des nouvelles technologies et des réseaux sociaux, ceux qui nous unissent avec de multiples personnes au moment où nous le choisissons. Ce concept va un peu plus loin. L’individualisme cherche seulement à satisfaire les besoins ponctuels avec un début et une fin, d’où l’idée de “l’amour liquide”, des émotions que nous ne pouvons pas retenir et qui s’échappent vite des mains, jusqu’à disparaître totalement. C’est quelque chose qui, sans aucun doute, résonne comme quelque chose de triste. Nous vivons dans un monde dynamique où le réel se conjugue parfois avec le virtuel, une modernité liquide où beaucoup de choses paraissent s’échapper de nos mains. Nous établissons des relations instables car notre société paraît exalter les relations humaines plus flexibles.

Raphaël Endoven l'amour peut-il finir ?"Que nous promet Tinder ? Mieux que le coup d’un soir : le perfect match ! Grâce à des algorithmes sophistiqués, l’application prétend découvrir la personne qui vous convient sur la base de données objectives : âge, profession, mais aussi forme des seins ou du visage, opinions politiques, préférences esthétiques. "


Cherchons nous la complétude dans l'amour? Quid alors du désir ?

L'amour pour retrouver sa complétude? : [Platon - le banquet] D’abord il y avait trois espèces d’hommes, et non deux, comme aujourd’hui : le mâle, la femelle et, outre ces deux-là, une troisième composée des deux autres ; le nom seul en reste aujourd’hui, l’espèce a disparu. C’était l’espèce androgyne qui avait la forme et le nom des deux autres, mâle et femelle, dont elle était formée ; aujourd’hui elle n’existe plus et c’est un nom décrié. De plus chaque homme était dans son ensemble de forme ronde, avec un dos et des flancs arrondis, quatre mains, autant de jambes, deux visages tout à fait pareils sur un cou rond, et sur ces deux visages opposés une seule tête, quatre oreilles, deux organes de la génération et tout le reste à l’avenant. Il marchait droit, comme à présent, dans le sens qu’il voulait, et, quand il se mettait à courir vite, il faisait comme les saltimbanques qui tournent en cercle en lançant leurs jambes en l’air ; s’appuyant sur leurs membres qui étaient au nombre de huit, ils tournaient rapidement sur eux-mêmes. Et ces trois espèces étaient ainsi conformées parce que le mâle tirait son origine du soleil, la femelle de la terre, l’espèce mixte de la lune, qui participe de l’un et de l’autre. Ils étaient sphériques et leur démarche aussi, parce qu’ils ressemblaient à leurs parents ; ils étaient aussi d’une force et d’une vigueur extraordinaires, et comme ils avaient de grands courages, ils attaquèrent les dieux, et ce qu’Homère dit d’Ephialte et d’Otos, on le dit d’eux, à savoir qu’ils tentèrent d’escalader le ciel pour combattre les dieux.  Alors Zeus délibéra avec les autres dieux sur le parti à prendre. Le cas était embarrassant : ils ne pouvaient se décider à tuer les hommes et à détruire la race humaine à coups de tonnerre, comme ils avaient tué les géants ; car c’était anéantir les hommages et le culte que les hommes rendent aux dieux ; d’un autre côté, ils ne pouvaient non plus tolérer leur insolence. Enfin, Jupiter, ayant trouvé, non sans peine, un expédient, prit la parole : « Je crois, dit-il, tenir le moyen de conserver les hommes tout en mettant un terme à leur licence ; c’est de les rendre plus faibles. Je vais immédiatement les couper en deux l’un après l’autre ; nous obtiendrons ainsi le double résultat de les affaiblir et de tirer d’eux davantage, puisqu’ils seront plus nombreux. Ils marcheront droit sur leurs deux jambes. S’ils continuent à se montrer insolents et ne veulent pas se tenir en repos, je les couperai encore une fois en deux, et les réduirai à marcher sur une jambe à cloche-pied » Ayant ainsi parlé, il coupa les hommes en deux, comme on coupe les alizes pour les sécher ou comme on coupe un œuf avec un cheveu ; et chaque fois qu’il en avait coupé un, il ordonnait à Apollon de retourner le visage et la moitié du cou du côté de la coupure, afin qu’en voyant sa coupure l’homme devînt plus modeste, et il lui commandait de guérir le reste. Apollon retournait donc le visage et, ramassant de partout la peau sur ce qu’on appelle à présent le ventre, comme on fait des bourses à courroie, il ne laissait qu’un orifice et liait la peau au milieu du ventre ; c’est ce qu’on appelle le nombril. Puis il polissait la plupart des plis et façonnait la poitrine avec un instrument pareil à celui dont les cordonniers se servent pour polir sur la forme les plis du cuir ; mais il laissait quelques plis, ceux qui sont au ventre même et au nombril, pour être un souvenir de l’antique châtiment..."

Articles et livres





vendredi 25 septembre 2020

mercredi 2 septembre 2020

La philosophie est-elle une occupation sérieuse ? - 26 septembre 2020 - Médiathèque de Noé 11h


En pleine crise sanitaire, certains décident de se regrouper bravant le virus pour faire de la philosophie. La philosophie est-ce sérieux ?

Il nous faut définir ce qu'est ce "sérieux" et nous attaquer à la question de ce qu'est la philosophie.

Sérieux est ici pris dans le sens d'important, de ce qui mérite de l'attention. Le dictionnaire nous dit  "Qui prend en considération ce qui mérite de l'être." .  "

Eric Braun déclare : "On peut dire d'une chose qu'elle est sérieuse quand elle veut résoudre un problème vital" 

Voilà peut-être notre première difficulté : Si la philosophie est définie comme l'amour de la sagesse et la sagesse tel que :" La sagesse (équivalent en grec ancien σοφία / sophía) est un concept utilisé pour qualifier le comportement d'un individu, souvent conforme à une éthique, qui allie la conscience de soi et des autres, la tempérance, la prudence, la sincérité, le discernement et la justice s'appuyant sur un savoir raisonné", la philosophie serait lors l'amour de ce qui importe et donc l'amour du sérieux. 

Luc Ferry la philosophie c'est se sauver sans dieu

Pourquoi philosopher, est ce vraiment important ? Pourquoi si c'est sérieux ne le faisons nous pas plus souvent ? Si ce n'est pas sérieux, pourquoi le faisons nous ?

Pourquoi la philosophie fait tant de bien quand tout va mal ? La leçon de Socrate.



Eric Braun dans Pourquoi la philosophie ne sert à rien : 
"A quoi sert la philosophie dans le monde moderne ? Probablement pas à grand chose. Elle n'est pas utile dans le champ du savoir qui se débrouille très bien sans elle. Elle ne sert pas non plus beaucoup à fixer les valeurs qui sont celles d'un monde capitaliste... Le monde moderne ne supporte pas la philosophie car il ne supporte pas l'oisiveté.... Dans la mesure où la philosophie est le contraire de ce qu'elle prétend être, c'est à dire raison, dans la mesure où son objet et unique sujet est de contrôler cette essence incontrôlable qui a été identifié par Spinoza, Nietzsche ou Merleau-Ponty qui est celle du désir et jamais celle de sa modération, on peut évidement se demander à quoi tout cela sert.

Jürgen Habernas déclare : "Le problème est le caractère autoréférenciel de la raison"  


La philosophie ça sert a rien

Déclaration de Calliclès dans Gorgias de Platon. Bon pour les jeunes! 

"C’est juste le même sentiment que j’éprouve à l’égard de ceux qui s’adonnent à la philosophie. J’aime la philosophie chez un adolescent, cela me paraît séant et dénote à mes yeux un homme libre. Celui qui la néglige me paraît au contraire avoir une âme basse, qui ne se croira jamais capable d’une action belle et généreuse. Mais quand je vois un homme déjà vieux qui philosophe encore et ne renonce pas à cette étude, je tiens, Socrate, qu’il mérite le fouet. Comme je le disais tout à l’heure, un tel homme, si parfaitement doué qu’il soit, se condamne à n’être plus un homme, en fuyant le cœur de la cité et les assemblées où, comme dit le poète, les hommes se distinguent, et passant toute sa vie dans la retraite à chuchoter dans un coin avec trois ou quatre jeunes garçons, sans que jamais il sorte de sa bouche aucun discours libre, grand et généreux."

France Culture A quoi sert la philosophie ?


Pour Marc Aurèle, seule la philosophie permet de nous guider au milieu des écueils de l’existence ; pour Voltaire, elle est un remède au fanatisme ; ou pour Sartre et Beauvoir, elle est ce qui nous dévoile le monde et permet d’y cheminer. Plus intéressant, encore, Rousseau pour qui la philosophie est comme un magasin d’idées, comme si pour le coup elle nous permettait de réussir à penser, à s’instruire.

Albert Camus

"Il n'y a qu'un problème philosophique vraiment sérieux: c'est le suicide. Juger que la vie vaut ou ne vaut pas la peine d'être vécue, c'est répondre à la question fondamentale de la philosophie." 

 H.D. Thoreau 

La philosophie est accessible à tous car elle est l'affaire de tous.  Elle n'est pas dogmatique, elle est l’exercice d’une pensée réflexive et critique qui n’est jamais fermée sur elle-même. Elle n'est pas déconnectée du réel, elle s'enracine et s'alimente de notre expérience du réel.  De toutes les activités humaines, elle possède la valeur et l’utilité la plus haute pour l’homme car elle se donne pour finalité la réalisation de "la vie heureuse". "

Un article à lire : Pour être franc, la réponse est simple : la philosophie ne sert à rien. Sa contribution au PIB national est nulle.

Épicure - Lettre à Ménécée - La philosophie comme antidépresseur?

"Quand on est jeune il ne faut pas remettre à philosopher, et quand on est vieux il ne faut pas se lasser de philosopher. Car jamais il n’est trop tôt ou trop tard pour travailler à la santé de l’âme. Or celui qui dit que l’heure de philosopher n’est pas encore arrivée ou est passée pour lui, ressemble à un homme qui dirait que l’heure d’être heureux n’est pas encore venue pour lui ou qu’elle n’est plus. Le jeune homme et le vieillard doivent donc philosopher l’un et l’autre, celui-ci pour rajeunir au contact du bien, en se remémorant les jours agréables du passé ; celui-là afin d’être, quoique jeune, tranquille comme un ancien en face de l’avenir. Par conséquent il faut méditer sur les causes qui peuvent produire le bonheur puisque, lorsqu’il est à nous, nous avons tout, et que, quand il nous manque, nous faisons tout pour l’avoir."

La philosophie est-elle une occupation sérieuse ? - 26 septembre 2020 - Médiathèque de Noé 11h


mardi 16 juin 2020

Pourquoi les vieux sont ils laids? 4 juillet 2020


Le club sera suivi d'une auberge espagnole au parc des trois bassins à Noé.
Séance Lipman.....

Celui de Matthew Lipman, qui consiste à lire en petit groupe des extraits de romans écrits pour l’occasion ; à laisser les participants faire émerger des questions ; puis à choisir et discuter l’une d’elles. L’animateur intervient uniquement pour faire progresser la rigueur et la pertinence de la réflexion commune, en incitant à la mise en œuvre de compétences précises qui font l’objet d’un véritable apprentissage. La séance dure en général entre une heure et une heure trente.


Notre Texte : 

Si les vieillards manifestent les mêmes désirs, les mêmes sentiments, les mêmes revendications que les jeunes, ils scandalisent ; chez eux l’amour, la jalousie semblent odieux ou ridicules, la sexualité répugnante, la violence dérisoire. Ils doivent donner l’exemple de toutes les vertus. Avant tout on réclame d’eux la sérénité ; on affirme qu’ils la possèdent, ce qui autorise à se désintéresser de leur malheur. L’image sublimée qu’on leur propose d’eux-mêmes, c’est celle du Sage auréolé de cheveux blancs, riche d’expérience et vénérable, qui domine de très haut la condition humaine ; s’ils s’en écartent, alors ils tombent en dessous ; l’image qui s’oppose à la première, c’est celle du vieux fou qui radote et extravague et dont les enfants se moquent. De toute façon, par leur vertu ou par leur abjection ils se situent hors de l’humanité. On peut donc sans scrupule leur refuser ce minimum qui est jugé nécessaire pour mener une vie d’homme.
(…)
Au jour venu, et déjà quand on s’en rapproche, on préfère d’ordinaire la vieillesse à la mort.
Cependant, à distance, c’est celle-ci que nous considérons le plus lucidement. Elle fait partie de nos possibilités immédiates, à tout âge elle nous menace ; il nous arrive de la frôler ; souvent nous en avons peur. Tandis qu’on ne devient pas vieux en un instant : jeunes, ou dans la force de l’âge, nous ne pensons pas, comme Bouddha, être déjà habités par notre future vieillesse : elle est séparée de nous par un temps si long qu’il se confond à nos yeux avec l’éternité ; ce lointain avenir nous paraît irréel. Et puis les morts ne sont rien ; on peut éprouver un vertige métaphysique devant ce néant, mais d’une certaine manière il rassure, il ne pose pas de problème. « Je ne serai plus ».

lundi 25 mai 2020

[13 juin 2020] La tristesse est-elle un péché ou une maladie ?

Le sujet est proposé par R.A. La tristesse c'est quoi ? Est ce que la tristesse est si triste que cela ?


«Pourquoi tous ceux qui furent exceptionnels en philosophie, en politique, en poésie ou dans les arts étaient-ils de toute évidence mélancoliques"»  Aristote

Tristesse : Tristesse désigne un état naturel ou accidentel de chagrin, de mélancolie ; état d'une personne qui est triste, qui est affligée, déprimée moralement.

Elle est contagieuse, impossible à supporter par l'autre et douloureuse pour celui qui la ressent.  Qui est-elle cette Maladie?

"Sur ce sentiment inconnu dont l'ennui, la douceur m'obsèdent, j'hésite à apposer le nom, le beau nom grave de tristesse." Ainsi commence "Bonjour tristesse" de Françoise Sagan.

Parler de tristesse est bien difficile dans ce siècle qui est remplit de nos dépressions. Nous voulons donc d'abord en fixé les limites. La tristesse dont nous parlons ici n'est pas la dépression. Elle en diffère par le fait qu'elle est un sentiment  qui peut se transcender et donner lieu à l'action. Action créatrice et artistique bien sûr comme le blues ou le spleen, mais aussi à l'action dure en étant les prémisses de la colère.  Contrairement  à la dépression qui est accompagnée d'une faible estime de soi et d'une perte de plaisir ou d'intérêt dans les activités que l'on apprécies, la tristesse va nous amener à de grandes émotions. Mais ces émotions sont tournées vers soi. "Il pleut dans mon cœur comme il pleut sur la ville" écrivait Paul Verlaine, Mais il écrivait. 

La tristesse est comme un filtre noir qui recouvre tout. L'espoir est là, mais il tarde tant à venir. Le temps est long si long. Le temps est bien au centre de ce sentiment. Dans l'histoire de la tristesse on retrouve dés le moyen age un péché capital que l'on nomme : l'acédie. Est-il notre tristesse?

Artur Schnabel: Douce Tristesse - Rêverie (1898), Helen Schnabel au Piano


Le frisson est parti    Le frisson est parti    Le frisson est parti bébé
Le frisson est parti    Tu sais que tu m'as fait du mal bébé    Et tu seras désolé un jour
Le frisson est parti    C'est parti de moi    Le frisson est parti bébé    Le frisson est parti de moi
Bien que je vive toujours    Mais si seul je serai    Le frisson est parti    C'est parti pour de bon
Le frisson est parti bébé    C'est parti pour de bon    Un jour je sais que je serai ouvert bébé armé
Tout comme je…

"Alors que la mélancolie était liée chez les Grecs à une notion physiologique, ce n'est pas le cas de l'acédie." Le terme originel qui renvoie à un manque de soin pour les défunts, c'est-à-dire une caractéristique essentielle de déshumanisation, s'étend avec les Pères du désert à un manque de soin à l'égard de sa propre vie spirituelle. Cette maladie des ermites, surnommée le « démon de midi » car liée à la période de la journée où le temps semble sans fin pour ceux qui vivent dans le désert, est définie comme « l'atonie », le manque de tonus de l'âme par Évrague, rapporte le P. Jean-Charles Nault, abbé de l'abbaye bénédictine de Saint-Wandrille.

lundi 4 mai 2020

9-05-2020 - Faut-il obliger les enfants à aller au théâtre ?

* Comment se connecter en fin d'article.

La résistance des enfants à une activité nouvelle proposée par un adulte n'est pas nouvelle. Si aucun copain ne leur a parlé de cette activité et qu'un adulte la propose avec des étoiles dans les yeux, l'affaire semble louche. C'est peut-être comme d'aller passer le weekend chez les grands parents ou encore pire une journée dans un musée ? Au mieux barbant, au pire un enfer sans copain, sans jeux vidéo et sans téléphone portable.  

La multiplicité des offres de programmes sur écrans et téléphones rends encore plus difficile cette histoire. Les images de théâtre où des rangés de cheveux gris constituent l'audience et l'obligation d'éteindre le dit téléphone portable pendant la représentation complique encore un peu plus les choses. Et l'estocade est porté si le texte est en alexandrin dans un français qui pourrait se dire François. Alors là ....

Mais le théâtre ou les arts vivants( pour tenir compte de tous les aspects de cet art en mutation) est un art si important. La présente physique des acteurs modifie la perception du public. On ne triche pas, on ne recommence pas.  C'est aussi un art ancien qui parle aux Hommes de tout temps et de toute culture. Il y a de si beaux textes. Et Molière .....Et Racine, Corneille ....

Alors, faut-il obliger les enfants à aller au théâtre ?

Derrière cette question posée par Geneviève, ce pose la question de l'accès à une culture qui apparaîtrait barbante, difficile, ancienne ou classique pour des enfants abreuvés sans cesse d'autres codes.

Soyons honnêtes, avec l'abondance de divertissements dont nous sommes tous submergés, il nous faut bien du courage pour aller là ou l'on ne nous attend pas et ou rien ne nous dit qu'il sera agréable d'être. C'est un talent d'explorateur. 

Dans un article publié le 16 nov. 2018 sur le site du journal "Les Echos", Jean-Michel Arnaud déclare : "Mais soutenir les lieux de culture ne suffit malheureusement pas, encore faut-il que les gens s’y rendent pour que ceux-ci ne restent pas réservés à une élite. Dans ce cadre, la gratuité est une option séduisante, mais un outil à manier avec précaution. Elle peut se transformer en subvention aux populations aisées si dans le même temps rien n’est fait pour rapprocher de la culture les publics qui en sont les plus éloignés, souvent issus de catégories sociales plus défavorisées. C’est là que la médiation culturelle prend toute son importance, pour parvenir à établir un contact avec des personnes qui n’auraient jamais eu l’idée de pousser les portes d’un musée ou de se rendre au théâtre. La jeunesse est évidemment une population cible, car c’est à cet âge, par la socialisation, que les pratiques culturelles se font et que les inégalités se créent. L’école joue donc un rôle primordial pour transmettre et éveiller. On peut citer à ce titre l’action volontariste de la ville de Cannes, proche de remporter son pari de 100 % d’enfants formés aux activités culturelles et artistiques".


Ce serait donc à l'école d'obliger les enfants à aller au théâtre ?  100% des enfants formés aux activités culturelles et artistiques est-ce que cela veut dire que 100% des enfant ont été obligés d'aller au théâtre?

Est-ce que cela à l'air d'un endroit pour les enfants?
Le site ledoitdelire.fr déclare lui tout sec : "Emmener vos enfants/petits enfants au théâtre leur permet de développer des compétences transversales, telle que la communication, et de leur enseigner le respect, l’art, la citoyenneté et …le gout de l’écrit ". 
Ils l'ont bien senti les garnements, que c'état un truc de respect et d'écrit et de personnes âgées .... aux secours.

 

Dans cet entretien, le professeur Barend van Heusden de l’Université de Groningue (Rijksuniversiteit Groningen) parle de l’importance d’une meilleure intégration de l’éducation à la culture dans le système éducatif européen. Il déclare : "L'éducation à la culture, c'est la capacité de réflexion. Dans l'éducation à la culture, les enfants et les jeunes apprennent à réfléchir sur leur propre culture, celle des autres et la culture en général. Et pour former cette capacité de réflexion, on peut passer par diverses formes :cela peut être à travers le journalisme par exemple ou à travers l'histoire, mais aussi à travers les arts.Je pense que les arts sont l'une des principale formes de la conscience de soi, la conscience de soi au niveau culturel mais aussi la philosophie, la science ainsi que par exemple de l'éducation à la citoyenneté.... e dirais qu'il y a 2 choses, et qu'elles sont d'égale urgence. La première est simplement des connaissances. Parce que ce qui est frappant, avec l'éducation à la culture, c'est que cela suscite énormément d'enthousiasme. En général, tout le monde est pour. Les enseignants sont très engagés dans ce qu'ils font mais étonnamment, il existe très peu de connaissances théoriques sur ce qu'est la culture par exemple, sur les développements chez l'enfant qui se rapportent à la culture. "

C'est beau mais cela ne répond pas à notre question. Alors devons nous jouer l'adaptation (ou le clientélisme) et choisir une pièce pour eux, où au contraire ne rien faire et attendre qu'ils décident eux-mêmes, baisser les prix jusqu’à la gratuité ou les obliger à venir au théâtre?


Une réponse possible est donnée par H. Archambault : "Les droits culturels poussent à penser les relations sur des principes d’horizontalité et donc à favoriser les échanges. Découlant des théories sur les droits humains, il s’agit d'augmenter la capabilité des personnes pour qu’elles puissent négocier une meilleure position pour elles-mêmes dans leur société. Dans le domaine culturel, on peut traduire cela par la capacité de chacun à générer son propre imaginaire. Il n’y a pas de règles pour cela et c’est ce qui en fait tout l’intérêt comme la difficulté. La nécessité est donc de se doter d’endroits d’expériences, nous l’appelons à la MC93 « la fabrique d’expériences ». Il s’agit de dessiner un espace où chacun est tour à tour participant et chercheur, où les projets émanent des artistes, des enseignants, de groupe de spectateurs ou de personnes du champ social. La MC93 met ses compétences et ses moyens au service des questions de la société dans lesquelles le spectacle pourrait être tout ou partie de la réponse (tour à tour outil et art). Cela pose des problèmes inédits en terme d’organisation."

Pour sortir de la difficulté à amener un enfant à l'art dramatique et partir vers la musique, le site du théâtre des Champs Elysées donne 8 idées pour faire aimer la musique classique aux enfants   La difficulté à créer ce lien n'est pas amoindri et les solutions proposées impliquent largement au delà de ce que peut faire l'école. Le premier conseil : "En fond sonore, pour commencer…Pour les bébés, on recommande souvent la musique baroque, dont les harmonies sont facilement compréhensibles et dont les œuvres présentent un mélange d’émotions moins complexe...". Mais dans une crèche pourquoi pas finalement.

Le conseil numéro 7 : Discuter et partager les émotions. Le site nous dit :
"La musique transmet avant tout des émotions… Encore faut-il savoir les repérer !Quelques idées de questions toutes simples à poser lorsque vous écoutez un morceau de musique ensemble :– cette musique te rend-elle triste ou joyeux ? – moi, je trouve que cette musique irait bien avec un jour de pluie, et toi, elle te fait penser à quel temps ? – On dirait qu’il y a deux personnages qui discutent ! (lorsque vous avez un « dialogue » entre deux instruments ou groupes d’instruments). Le premier a l’air de se plaindre, non ? Que lui répond le second ?"
Est ce cela que nous devrions faire en cours de musique en collège? n'est ce pas déjà trop tard? Vont-il l'accepter? Est-il possible de le faire en primaire avec 30 élèves par classe ?

Mais c'est le conseil numéro 5 qui est le plus représentatif de notre question, voilà le conseil : Assister à un concert. le site dit :"Il n’est pas nécessaire de choisir un concert adapté pour enfants. Certes, nous ne vous conseillons pas de commencer par une symphonie de Chostakovitch – mais, d’une façon générale, sachez que tous nos concerts sont accessibles à partir de 3 ans – à vous de choisir celui qui vous paraît le plus sympa !"

Et s'il ne veut pas venir, doit on l'obliger. 
La contrainte est-elle compatible avec l'accès à la culture ? 
Le plaisir est-il nécessaire pour apprendre à aimer ou peut-on aimer une oeuvre dans la contrainte?
Comment donner un droit culturel à quelqu'un qui n'en désire pas ou n'en à pas le besoin?

Quand à la difficulté à faire venir je me permet de citer ici Bernard Stigler qui déclare dans un article de philomag : " Souvent, les enfants qui arrivent en classe n’ont pas reçu d’éducation familiale et sociale suffisante pour être enseignés par leurs professeurs. Ce n’est pas le fait des parents : nous vivons l’âge du désapprentissage où ce que les parents et l’école tentent de former, les médias le défont aussitôt. Les parents sont confrontés à de terribles concurrents : nombre d’enfants passent environ trois heures par jour devant les écrans de télévision, outre les jeux vidéo et les réseaux sociaux. Ils sont ainsi happés par l’idéologie du marketing qui postule que tout est consommable et jetable, ce qui détruit l’idée même du savoir, qui est précisément inconsommable et dont la valeur ne s’use pas avec le temps."


Les références éducatives 
 
 
 
 
Présentation de L'émile de Jean-Jacques Rousseau
 
La question du point de vue pédagogique pourrait se résumer à la confrontation de Jacotot  qui impose le travail à l'élève (même si le maître ne sait le faire) et rend ce travail impossible à éviter en créant des conditions qui vont forcer l'attention de l'élève et tant d'autres pédagogues de Rousseau à Montessouri qui vont éduquer l'enfant à se mouvoir en liberté.
"On pourrait trouver les fondements de la pédagogie de la liberté à plusieurs époques et auprès de plusieurs grands noms, mais c’est Rousseau qui prendra fortement position dans la liberté de l’individu éduqué avec son œuvre « Émile ou De l’éducation », dans lequel on suit l’éducation d’Emile, un jeune homme fictif. Certes, une grande partie des propos de Rousseau fait débat, mais il est le premier à mettre ce sujet au cœur de l’éducation. Il est le premier à avoir confiance en la nature de l’enfant. Suite à ce courant basé sur une croyance, naît deux autres courants aux alentours de 1900.
Un courant plutôt philosophique est porté par John Dewey et Stanley Hall qui pensent comme Rousseau que l’enfance ne doit pas être abrégée, sous peine de détruire le génie humain. Janusz Korczak y contribue également et conçoit l’enfant comme un individu ayant des droits au même titre que les adultes. L’autre courant est scientifique : il s’agit de l’éducation nouvelle, un courant pédagogique né au début du XXème siècle. Les défenseurs de ce courant pensent que c’est l’enfant qui doit être mis au centre de l’éducation, et non pas les enseignements. Maria Montessori développe par exemple l’utilisation de matériel pédagogique adapté à un usage autonome par l’enfant, Roger Cousinet met au point une méthode de travail libre par groupe, Ovide Decroly conseille de partir des intérêts de l’enfant et Celestin Freinet quant à lui propose l’expression libre, le travail libre, le tâtonnement expérimental, les fiches auto-correctrices…"


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dimanche 26 avril 2020

2-05-2020 - Devenir ce que l'on est malgré ou grâce aux modèles ?

Elise nous propose un sujet sur l'injonction à la "perfection" par l'imitation de modèles sociaux. Mais cette imprégnation des modèles ne nous poussent pas qu'à la perfection. Si la perfection à cela de gênant qu'elle est "impossible" (ou très difficile) à atteindre et donc un espace d'épuisement et de frustration, les modèles nous poussent à bien d'autres choses. 

Le beau bébé, le gentil enfant, le parfait écolier, le lycéen studieux, l'étudiant stakhanoviste, la parfait fiancée ou le gendre idéal, le couple idéal qui va bien ensemble, les parents parfaits, les cadres engagés qui donnent du sens à leur travail, les retraités jouisseurs et sportifs qui semblent avoir 40 ans éternellement... mais aussi pourquoi pas le soldat qui meurt pour la partie, le gendarme héroïque qui se sacrifie pour sauver un otage, le punk qui assume sa déchéance, le rockeur qui est une idole pour es fans, la prof de math qui quand elle demande le silence l'obtient car elle a tant d'autorité, les modèles nous entourent. Mais ces modèles sont terriblement imposés et formateurs. Nous est-il cependant possible de devenir ce que nous sommes en les utilisant, les repoussant les choisissant.

Limitons notre sujet : Nous ne prendrons ici que deux types de modèle ceux issus du monde marchant (de la pub) et ceux issus de la société éducative/hiérarchique (les parents/profs/patrons).    

Un couple parfait de jeune retraité
A la question de Philosophie magazine : Qu’est-ce qu’une société qui fonctionne bien ?

Axel Honneth répond : "C’est une société dont l’environnement social, culturel ou politique permet aux individus de développer une identité autonome ou une relation positive à soi-même. C’est une société dans laquelle chacun devrait pouvoir devenir ce qu’il souhaite être sans avoir à en passer par l’expérience douloureuse du mépris ou du déni de reconnaissance."

L'importance de la représentation et de l'image sont c'est vrai, prégnante. Mais comment l'enfant ou celui simplement qui se cherche, va t il évaluer le mépris, le déni ou la qualité de la reconnaissance que va lui donner la société?

Le même  Axel Honneth nous déclare : "Si les possibilités d’épanouissement individuel se sont élargies (avec l’éducation, les voyages, le temps libre, la consommation, etc.), elles se trouvent désormais détournées au profit de l’idéologie managériale de la performance économique. On peut à cet égard parler de régression morale. Le principe de réalisation de soi ainsi instrumentalisé donne naissance à de nouvelles pathologies – sentiment de vide intérieur, d’inutilité, d’anxiété, etc. L’énorme pression néolibérale contraint les individus à se penser eux-mêmes comme des produits et à se vendre en permanence."

Les modèles imposés\proposés par la société de consommation

Dans le film la Famille Jones, la famille emménagent dans la banlieue chic d'une petite ville américaine, ils apparaissent tout de suite comme une famille idéale. Non seulement ce sont des gens charmants, mais ils ont en plus une magnifique maison et sont mieux équipés que toutes les autres familles du quartier. Le problème c'est que la famille Jones n'existe pas : ce sont les employés d'une société de marketing dont le but est de donner envie aux gens de posséder ce qu'ils ont... Les voisins vont succomber les uns après les autres jusqu'à ne plus pouvoir survivre.

Sommes nous condamnés à n'apparaître que comme existant par apport à des modèles préexistants. Le site https://www.tendances-de-mode.com/tag/look nous présente une liste de styles possibles en voici quelques uns :
-Le look androgyne
-Le look BCBG
-Le look bobo
-Le look bohème
-Le look chic
-Tenues mode pour femme de 20 ans
-Tenues mode pour femme de 30 ans
-Tenues mode pour femme de 40 ans
-Tenues mode pour femme de 50 ans
-Tenues mode pour femme de 60 ans
-Le look hippie
-Le look de la Parisienne
-Le look rock

Rien n'interdit de panacher est d'être par exemple une parisienne Rock Chic. Mais gare à celui qui n'est pas référencé, existe t il encore ? Quid de la femme de 70 ans et plus ?

Tous ça pour être un produit maquetté facilement repérable, une sorte de chose avec des logos et des étiquettes repérables de loin.

Pour Dominique Cardon, directeur du Médialab de Sciences-Po, auteur d’À quoi rêvent les algorithmes (Seuil, 2015), un changement global a bien eu lieu. « Au début, Internet, c’étaient des pages qui se likaient elles-mêmes via des liens hypertextes. Aujourd’hui, il ne s’agit plus de reconnaître de l’autorité à un contenu mais de manifester l’appartenance d’une personne à un réseau. On crée une économie de la considération, dans laquelle être “aimé” équivaut à multiplier les chances d’obtenir de ces autres identités numériques des signes d’estime. La seconde remarque contre-intuitive est qu’Internet n’est pas un Far West de haters, qui s’insultent et polémiquent. » La réalité statistique montre en effet que les signaux envoyés sont au contraire pleins d’amour. Ainsi, parmi les dix hashtags les plus employés chaque jour sur Instagram en France, #love est en tête… « L’on attend des Like d’autrui d’être valorisé. Il est commode d’en conclure que cet attracteur psychologique n’est qu’un petit moteur narcissique. Je pense au contraire qu’il est fondamentalement relationnel, qu’il manifeste nos liens de considération mutuelle. La fonction du Like est d’abord sa réciprocité. Cela participe d’une économie de l’échange, du contre-don, voire du forçage de l’amour. Il s’agit d’un phénomène individuel-collectif : on a besoin d’individualisation mais aussi de singularité, d’être original mais validé. Le Like encapsule ces nouvelles configurations existentielles et cet immense désir de sociabilité. »

Se reconnaître pour naître donc, mais le temps  de découverte est de plus en plus court, nous courrons, zappons, faisons défiler à toutes vitesse. Les articles sont donc courts et les images se doivent d'être vite jugées. Pour cela il faut pouvoir référencer rapidement et par apport à quoi référençons nous ?

Les modèles hiérarchiques et éducatifs

Les modèles de référence qui vont faire action de "Mentor" ne sont pas que sur Internet, ni 
lié à la société de consommation.  C'est aussi le pouvoir que nous recherchons. Le modèle ou  « rôle modèle » est théorisé par Robert King Merton. Dans "Eléments de théorie et de méthode sociologique", un recueil d'articles écrits entre 1936 et 1950, le sociologue américain établit une typologie d'adaptation individuelle à la société : le conformisme, l'innovation, le ritualisme, l'évasion, la rébellion... Un rôle modèle est une personne dont le comportement, l'exemple ou le succès est ou peut être imité par les autres, en particulier par les jeunes.

La question du modèle et la propension à s'en échapper ont été étudiées par le professeur Henri Laborit. Le film Mon oncle d'Amérique du cinéaste Alain Resnais parle de ses théories en racontant les déboires d'un cadre joué par Depardieu.



Alors, peut-on encore devenir ce que l'on est malgré l'injonction à être rapidement identifiables comme un des modèles sociaux?







Extrait de l'interview de Henri Laborit  ou on voit l'importance des modèles dans sa vie de famille!
"H.L.: Je ne l'ai pas beaucoup connu. Il s'est fait zigouiller à 24 ans, juste avant le libération. C'est peut-être une des rares fois où je le raconte. C'est ma mère qui a tué mon frère... Elle était très pétainiste et c'est elle qui a incité mon frère à devenir membre de la milice (la collaboration avec l'ennemi). Un jour, mon frère a dû la prendre avec lui dans sa caserne, à Poitiers, parce qu'elle était en butte à une certaine haine de la part des gens de sa région. Les Anglais ont bombardé la caserne. Ma mère a été blessée et mon frère descendu par un résistant. Quand Pétain et les miliciens sont partis pour l'Allemagne, ma mère les a suivis. Lorsqu'elle est revenue, on l’a arrêtée et foutue en taule à la Conciergerie. En tant que héros de Dunkerque, croix de guerre avec palme, cité à l'Ordre de la nation, etc., j'ai écrit à de Gaulle.

Je lui ai dit: voilà ma guerre. Peut-être que s j'étais resté en France, ma mère n'aurait pas conduit mon frère à devenir capitaine de milice et qu'elle-même n'aurait pas pris le parti des pétainistes. C'était une position strictement idéologique et de classe, parce qu'elle s'appelait de Saulnière! La mort de mon frère est une mort de classe! De Gaulle a fait libérer ma mère. A ce moment-là, j'étais chirurgien de l'armée, à Toulon. Elle est venue me rejoindre. Un matin, deux gendarmes se sont présentés avec un ordre d'arrêt. Ils ont emmené ma mère à Poitiers. On lui a fait un procès. Je suis allé déposer en uniforme. Elle a été condamnée à deux ans de taule, destituée de ses droits civiques et elle a perdu la pension de mon père. A sa sortie de prison, je lui ai trouvé une villa à Arcachon. Elle s'est occupée de mes trois garçons pendant un temps. Elle est finalement morte d'un cancer d'estomac, le 15 février 1953. Le lendemain, je partais en mission en Indochine. "



Le modèle est un guide vers soi-même


Pourtant le modèle est aussi un révélateur de soi à soi. C'est dans la rencontre que se forge nos aspirations à devenir. Qui n'a pas eu un prof qui l'a changé pour toujours? Un ami qui lui dit un phrase qui fait avancer vers ce qu'il est devenu en accord avec ce qui l'est ?

Alors, peut-on encore devenir ce que l'on est malgré l'injonction à être rapidement identifiable comme un des modèles sociaux, malgré l'écrasant rouleau compresseur qu'est le modèle éducatif ou/et hiérarchique et si le modèle pouvait aussi être un révélateur ? Comment faire le tri entre tous ces modèles.

Articles à lire 
https://www.eveprogramme.com/14833/cest-quoi-un-role-modele/

http://lionel.mesnard.free.fr/le%20site/henri-laborit.html  (très bel interview de Laborit)


Comment se connecter :
Pour vous connecter à la conférence téléphonique du 2/05/2020 à 11h composer le 07 56 75 00 45 puis quand on vous invite à taper votre code taper le 326257# (la conf sera ouverte à partir de 11h). Le message est en anglais, aussi pour ceux qui ne sont des spécialistes de la langue de Shakespeare, il suffit d'attendre que le message se termine pour taper le code 326257# . Le système vous demande alors de dire votre nom et vous rentrez automatiquement dans la conférence.  

Vous pouvez aussi vous exprimer par écrit et communiquer depuis un ordinateur par le lien suivant: https://docs.google.com/document/d/1nadtuqlZS7w8tirPlAAPkRsvn1NaEC7tkeGY0r1MrX4/edit?usp=sharing  
* Ce service fonctionne depuis des fixes comme des portables. Il est même possible d'utiliser internet si vous le souhaitez en vous connectant sur le site https://www.freeconferencecallhd.com/  ou en téléchargeant l'application Conferencecallhd sur votre portable.


Notes prises à la volé pendant le débat :
Christian : Comment échapper aux modèles ? 


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Pas de publicité à l'école
Dans le prolongement logique du principe de laïcité, qui doit préserver la liberté d'opinion et défendre le sens critique, et en vertu de sa vocation émancipatrice, l'école s'est tôt méfiée de la publicité en son sein. Le principe de son interdiction a ainsi été fermement posé depuis 1936, pour être réaffirmé solennellement en 1952 puis dans les circulaires de 1967 et 1976.
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Les modèles d’efficacité sont les machines (ordinateur) .

Françoise :
Formatage de l'individu, le bon petit soldat client du capitalisme

[Séquence 5] De l’information à la connaissance, le professeur plus que jamais indispensable - Intervention de la mission Monteil : https://www.dailymotion.com/video/x38ne55




Geneviève:  Peut on échapper aux modèles, on est soit avec soit contre ? Ou on se les façonne à notre sauce en fonction de ce qui nous parle, de ce que l’on est…mais il faut assumer cette “différence”.

Ne devrions nous pas développer le sens critique des enfants ? Comment procéder, comment armer nos enfants face à ce système d’injonctions (pubs et autres…) ? Diversifier les modèles, une solution ? 

Bonjour, c’est Elise, on parvient à choisir entre nos modèles. Se détacher totalement c’est pas facile.

Caroline : Modèle et héritage. lucky strike: la série mad men
je vois sur le lien: 
Barnays neveu de freud!!!  c’est ca!!!

Jean : Ce qu’il faut c’est comprendre la façon dont on nous force les modèles. La propagande. Les mécanismes d’influences. Pour s’en méfier. 

Il est inadmissible de casser une bouteille pour la refaire!