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dimanche 26 avril 2020

2-05-2020 - Devenir ce que l'on est malgré ou grâce aux modèles ?

Elise nous propose un sujet sur l'injonction à la "perfection" par l'imitation de modèles sociaux. Mais cette imprégnation des modèles ne nous poussent pas qu'à la perfection. Si la perfection à cela de gênant qu'elle est "impossible" (ou très difficile) à atteindre et donc un espace d'épuisement et de frustration, les modèles nous poussent à bien d'autres choses. 

Le beau bébé, le gentil enfant, le parfait écolier, le lycéen studieux, l'étudiant stakhanoviste, la parfait fiancée ou le gendre idéal, le couple idéal qui va bien ensemble, les parents parfaits, les cadres engagés qui donnent du sens à leur travail, les retraités jouisseurs et sportifs qui semblent avoir 40 ans éternellement... mais aussi pourquoi pas le soldat qui meurt pour la partie, le gendarme héroïque qui se sacrifie pour sauver un otage, le punk qui assume sa déchéance, le rockeur qui est une idole pour es fans, la prof de math qui quand elle demande le silence l'obtient car elle a tant d'autorité, les modèles nous entourent. Mais ces modèles sont terriblement imposés et formateurs. Nous est-il cependant possible de devenir ce que nous sommes en les utilisant, les repoussant les choisissant.

Limitons notre sujet : Nous ne prendrons ici que deux types de modèle ceux issus du monde marchant (de la pub) et ceux issus de la société éducative/hiérarchique (les parents/profs/patrons).    

Un couple parfait de jeune retraité
A la question de Philosophie magazine : Qu’est-ce qu’une société qui fonctionne bien ?

Axel Honneth répond : "C’est une société dont l’environnement social, culturel ou politique permet aux individus de développer une identité autonome ou une relation positive à soi-même. C’est une société dans laquelle chacun devrait pouvoir devenir ce qu’il souhaite être sans avoir à en passer par l’expérience douloureuse du mépris ou du déni de reconnaissance."

L'importance de la représentation et de l'image sont c'est vrai, prégnante. Mais comment l'enfant ou celui simplement qui se cherche, va t il évaluer le mépris, le déni ou la qualité de la reconnaissance que va lui donner la société?

Le même  Axel Honneth nous déclare : "Si les possibilités d’épanouissement individuel se sont élargies (avec l’éducation, les voyages, le temps libre, la consommation, etc.), elles se trouvent désormais détournées au profit de l’idéologie managériale de la performance économique. On peut à cet égard parler de régression morale. Le principe de réalisation de soi ainsi instrumentalisé donne naissance à de nouvelles pathologies – sentiment de vide intérieur, d’inutilité, d’anxiété, etc. L’énorme pression néolibérale contraint les individus à se penser eux-mêmes comme des produits et à se vendre en permanence."

Les modèles imposés\proposés par la société de consommation

Dans le film la Famille Jones, la famille emménagent dans la banlieue chic d'une petite ville américaine, ils apparaissent tout de suite comme une famille idéale. Non seulement ce sont des gens charmants, mais ils ont en plus une magnifique maison et sont mieux équipés que toutes les autres familles du quartier. Le problème c'est que la famille Jones n'existe pas : ce sont les employés d'une société de marketing dont le but est de donner envie aux gens de posséder ce qu'ils ont... Les voisins vont succomber les uns après les autres jusqu'à ne plus pouvoir survivre.

Sommes nous condamnés à n'apparaître que comme existant par apport à des modèles préexistants. Le site https://www.tendances-de-mode.com/tag/look nous présente une liste de styles possibles en voici quelques uns :
-Le look androgyne
-Le look BCBG
-Le look bobo
-Le look bohème
-Le look chic
-Tenues mode pour femme de 20 ans
-Tenues mode pour femme de 30 ans
-Tenues mode pour femme de 40 ans
-Tenues mode pour femme de 50 ans
-Tenues mode pour femme de 60 ans
-Le look hippie
-Le look de la Parisienne
-Le look rock

Rien n'interdit de panacher est d'être par exemple une parisienne Rock Chic. Mais gare à celui qui n'est pas référencé, existe t il encore ? Quid de la femme de 70 ans et plus ?

Tous ça pour être un produit maquetté facilement repérable, une sorte de chose avec des logos et des étiquettes repérables de loin.

Pour Dominique Cardon, directeur du Médialab de Sciences-Po, auteur d’À quoi rêvent les algorithmes (Seuil, 2015), un changement global a bien eu lieu. « Au début, Internet, c’étaient des pages qui se likaient elles-mêmes via des liens hypertextes. Aujourd’hui, il ne s’agit plus de reconnaître de l’autorité à un contenu mais de manifester l’appartenance d’une personne à un réseau. On crée une économie de la considération, dans laquelle être “aimé” équivaut à multiplier les chances d’obtenir de ces autres identités numériques des signes d’estime. La seconde remarque contre-intuitive est qu’Internet n’est pas un Far West de haters, qui s’insultent et polémiquent. » La réalité statistique montre en effet que les signaux envoyés sont au contraire pleins d’amour. Ainsi, parmi les dix hashtags les plus employés chaque jour sur Instagram en France, #love est en tête… « L’on attend des Like d’autrui d’être valorisé. Il est commode d’en conclure que cet attracteur psychologique n’est qu’un petit moteur narcissique. Je pense au contraire qu’il est fondamentalement relationnel, qu’il manifeste nos liens de considération mutuelle. La fonction du Like est d’abord sa réciprocité. Cela participe d’une économie de l’échange, du contre-don, voire du forçage de l’amour. Il s’agit d’un phénomène individuel-collectif : on a besoin d’individualisation mais aussi de singularité, d’être original mais validé. Le Like encapsule ces nouvelles configurations existentielles et cet immense désir de sociabilité. »

Se reconnaître pour naître donc, mais le temps  de découverte est de plus en plus court, nous courrons, zappons, faisons défiler à toutes vitesse. Les articles sont donc courts et les images se doivent d'être vite jugées. Pour cela il faut pouvoir référencer rapidement et par apport à quoi référençons nous ?

Les modèles hiérarchiques et éducatifs

Les modèles de référence qui vont faire action de "Mentor" ne sont pas que sur Internet, ni 
lié à la société de consommation.  C'est aussi le pouvoir que nous recherchons. Le modèle ou  « rôle modèle » est théorisé par Robert King Merton. Dans "Eléments de théorie et de méthode sociologique", un recueil d'articles écrits entre 1936 et 1950, le sociologue américain établit une typologie d'adaptation individuelle à la société : le conformisme, l'innovation, le ritualisme, l'évasion, la rébellion... Un rôle modèle est une personne dont le comportement, l'exemple ou le succès est ou peut être imité par les autres, en particulier par les jeunes.

La question du modèle et la propension à s'en échapper ont été étudiées par le professeur Henri Laborit. Le film Mon oncle d'Amérique du cinéaste Alain Resnais parle de ses théories en racontant les déboires d'un cadre joué par Depardieu.



Alors, peut-on encore devenir ce que l'on est malgré l'injonction à être rapidement identifiables comme un des modèles sociaux?







Extrait de l'interview de Henri Laborit  ou on voit l'importance des modèles dans sa vie de famille!
"H.L.: Je ne l'ai pas beaucoup connu. Il s'est fait zigouiller à 24 ans, juste avant le libération. C'est peut-être une des rares fois où je le raconte. C'est ma mère qui a tué mon frère... Elle était très pétainiste et c'est elle qui a incité mon frère à devenir membre de la milice (la collaboration avec l'ennemi). Un jour, mon frère a dû la prendre avec lui dans sa caserne, à Poitiers, parce qu'elle était en butte à une certaine haine de la part des gens de sa région. Les Anglais ont bombardé la caserne. Ma mère a été blessée et mon frère descendu par un résistant. Quand Pétain et les miliciens sont partis pour l'Allemagne, ma mère les a suivis. Lorsqu'elle est revenue, on l’a arrêtée et foutue en taule à la Conciergerie. En tant que héros de Dunkerque, croix de guerre avec palme, cité à l'Ordre de la nation, etc., j'ai écrit à de Gaulle.

Je lui ai dit: voilà ma guerre. Peut-être que s j'étais resté en France, ma mère n'aurait pas conduit mon frère à devenir capitaine de milice et qu'elle-même n'aurait pas pris le parti des pétainistes. C'était une position strictement idéologique et de classe, parce qu'elle s'appelait de Saulnière! La mort de mon frère est une mort de classe! De Gaulle a fait libérer ma mère. A ce moment-là, j'étais chirurgien de l'armée, à Toulon. Elle est venue me rejoindre. Un matin, deux gendarmes se sont présentés avec un ordre d'arrêt. Ils ont emmené ma mère à Poitiers. On lui a fait un procès. Je suis allé déposer en uniforme. Elle a été condamnée à deux ans de taule, destituée de ses droits civiques et elle a perdu la pension de mon père. A sa sortie de prison, je lui ai trouvé une villa à Arcachon. Elle s'est occupée de mes trois garçons pendant un temps. Elle est finalement morte d'un cancer d'estomac, le 15 février 1953. Le lendemain, je partais en mission en Indochine. "



Le modèle est un guide vers soi-même


Pourtant le modèle est aussi un révélateur de soi à soi. C'est dans la rencontre que se forge nos aspirations à devenir. Qui n'a pas eu un prof qui l'a changé pour toujours? Un ami qui lui dit un phrase qui fait avancer vers ce qu'il est devenu en accord avec ce qui l'est ?

Alors, peut-on encore devenir ce que l'on est malgré l'injonction à être rapidement identifiable comme un des modèles sociaux, malgré l'écrasant rouleau compresseur qu'est le modèle éducatif ou/et hiérarchique et si le modèle pouvait aussi être un révélateur ? Comment faire le tri entre tous ces modèles.

Articles à lire 
https://www.eveprogramme.com/14833/cest-quoi-un-role-modele/

http://lionel.mesnard.free.fr/le%20site/henri-laborit.html  (très bel interview de Laborit)


Comment se connecter :
Pour vous connecter à la conférence téléphonique du 2/05/2020 à 11h composer le 07 56 75 00 45 puis quand on vous invite à taper votre code taper le 326257# (la conf sera ouverte à partir de 11h). Le message est en anglais, aussi pour ceux qui ne sont des spécialistes de la langue de Shakespeare, il suffit d'attendre que le message se termine pour taper le code 326257# . Le système vous demande alors de dire votre nom et vous rentrez automatiquement dans la conférence.  

Vous pouvez aussi vous exprimer par écrit et communiquer depuis un ordinateur par le lien suivant: https://docs.google.com/document/d/1nadtuqlZS7w8tirPlAAPkRsvn1NaEC7tkeGY0r1MrX4/edit?usp=sharing  
* Ce service fonctionne depuis des fixes comme des portables. Il est même possible d'utiliser internet si vous le souhaitez en vous connectant sur le site https://www.freeconferencecallhd.com/  ou en téléchargeant l'application Conferencecallhd sur votre portable.


Notes prises à la volé pendant le débat :
Christian : Comment échapper aux modèles ? 


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Pas de publicité à l'école
Dans le prolongement logique du principe de laïcité, qui doit préserver la liberté d'opinion et défendre le sens critique, et en vertu de sa vocation émancipatrice, l'école s'est tôt méfiée de la publicité en son sein. Le principe de son interdiction a ainsi été fermement posé depuis 1936, pour être réaffirmé solennellement en 1952 puis dans les circulaires de 1967 et 1976.
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Les modèles d’efficacité sont les machines (ordinateur) .

Françoise :
Formatage de l'individu, le bon petit soldat client du capitalisme

[Séquence 5] De l’information à la connaissance, le professeur plus que jamais indispensable - Intervention de la mission Monteil : https://www.dailymotion.com/video/x38ne55




Geneviève:  Peut on échapper aux modèles, on est soit avec soit contre ? Ou on se les façonne à notre sauce en fonction de ce qui nous parle, de ce que l’on est…mais il faut assumer cette “différence”.

Ne devrions nous pas développer le sens critique des enfants ? Comment procéder, comment armer nos enfants face à ce système d’injonctions (pubs et autres…) ? Diversifier les modèles, une solution ? 

Bonjour, c’est Elise, on parvient à choisir entre nos modèles. Se détacher totalement c’est pas facile.

Caroline : Modèle et héritage. lucky strike: la série mad men
je vois sur le lien: 
Barnays neveu de freud!!!  c’est ca!!!

Jean : Ce qu’il faut c’est comprendre la façon dont on nous force les modèles. La propagande. Les mécanismes d’influences. Pour s’en méfier. 

Il est inadmissible de casser une bouteille pour la refaire!

mercredi 22 avril 2020

25/04/2020 Téléphoneconf - Sécurité ou Liberté ?

Basé sur des logiciels de reconnaissance faciale et sur l'intégration de tous les fichiers de police, de crédit  et toutes les données issues du Big Data, la chine à mis en place un système de "Crédit Social" visant à noter la réputation des citoyens.

La réputation est l'opinion du public envers une personne, un groupe, ou une organisation. La réputation est un facteur important dans de nombreux domaines, tels que l'éducation, le commerce, le réseautage social ou le statut social. Wikipédia

Chacun d'entre eux se voit attribuer une note, échelonnée entre 350 et 950 points, dite note de "crédit social" ...

Le film de Ludovic Gaillard, Sylvain Louvet
Sous couvert de lutte contre le terrorisme ou la criminalité, les grandes puissances se sont lancées dans une dangereuse course aux technologies de surveillance. Caméras à reconnaissance faciale, détecteurs à émotions, système de notation des citoyens,drones tueurs autonomes… De la Chine aux États-Unis, d’Israël à la France, l’enquête nous entraine dans les rouages de cette machine de surveillance mondiale et donne la parole aux premières victimes de ce flicage hors norme. Une obsession sécuritaire qui dans certains pays, est en train de donner naissance à une nouvelle forme de régime : le totalitarisme numérique. Le cauchemar d’Orwell.




Et ça fonctionne. Aux États-Unis, les forces de police utilisent la reconnaissance faciale pour identifier les suspects. En Chine, les caméras peuvent repérer les criminels de dos, à leur simple démarche. En France, la police utilise des caméras intelligentes qui analysent les émotions et les comportements des passants. Bon des fois Paul devient Jacques mai çà .....

Et en France

Arnaque d'un marché de la peur ?
La technologie est-elle une maladie ?
Vrai ou fausse solution pour un bonheur parfait ?
Fin de la vie privée ?
Fin de la liberté ?

Sécurité ou Liberté nous faut-il choisir ?

Des commentaires à lire ?



Comment se connecter :

Pour vous connecter à la conférence téléphonique du 25/04/2020 à 11h composer le 07 56 75 00 45 puis quand on vous invite à taper votre code taper le 326257# (la conf sera ouverte à partir de 11h). Le message est en anglais, aussi pour ceux qui ne sont des spécialistes de la langue de Shakespeare, il suffit d'attendre que le message se termine pour taper le code 326257# . Le système vous demande alors de dire votre nom et vous rentrez automatiquement dans la conférence.  

Vous pouvez aussi vous exprimer par écrit et communiquer depuis un ordinateur par le lien suivant: https://docs.google.com/document/d/1nadtuqlZS7w8tirPlAAPkRsvn1NaEC7tkeGY0r1MrX4/edit?usp=sharing  
* Ce service fonctionne depuis des fixes comme des portables. Il est même possible d'utiliser internet si vous le souhaitez en vous connectant sur le site https://www.freeconferencecallhd.com/  ou en téléchargeant l'application Conferencecallhd sur votre portable.

Il l'a dit :
"ça y est le Clubdiscussion reprend, le confinement et fini"
Jean - avril 2020

Notes du débat

Je ne fais pourtant de tort à personne
En n'écoutant pas le clairon qui sonne
Mais les braves gens n'aiment pas que
L'on suive une autre route qu'eux
Non les braves gens n'aiment pas que
L'on suive une autre route qu'eux
Tout le monde me montre au doigt
Sauf les manchots, ça va de soi
Quand je croise un voleur malchanceux
Poursuivi par un cul-terreux
Je lance la patte et pourquoi le taire
Le cul-terreux se retrouve par terre
Je ne fais pourtant de tort à personne
En laissant courir les voleurs de pommes

 Caroline:Miguel Benassayag   philosophe et psychanalyste: biotechnologie, fonctionner ou exister? A échappé à la dictature argentine (donc on peut peut-être échapper à tout?)

  • Alain Damasio romancier   “optimiste” dans un contexte dystopique.
                      Les furtifs

Interviews de Pasolini + films: un vaccin contre le contrôle des consciences.
Série black mirror: un monde de notation.
Un peu aussi dans la comédie récente: Selfie

C’est chouette Pasolini !! (Genev.)
Geneviève :
Thèmes abordés de façon générale (à compléter): 
Jusqu’où la permissivité ?
La puissance de l’I.A…: c’est le risque d’entrer dans notre intentionnalité propre ?
Les bienfaits de la philo ? Pensées, paroles et actes…
Ne pas oublier qui on est pour ne pas s’oublier !!!!

Le confinement déshumanise une partie de nous, ou/et une partie de nous nous est volée quelque part !!
VEVA

mardi 14 avril 2020

18-04-20 - TelephoneConf Supprimer l'héritage


Supprimer l’héritage ?


Clubdiscussion confinement par téléphone. 
[Pour avoir les coordonnées, merci de poser une demande par commentaire ou de trouver le numéro de tel dans le mail que vous avez reçu.]

Supprimer l’héritage? en voilà une drôle de question. L’héritage c’est la vie, d’abord génétique puis culturel les parents , la famille, lé communauté éducative nous l'impose. Comment y échapper? Cela voudrait-il dire que nous n’avons plus d’histoire individuelle ?


On peut en effet se demander si le triomphe des droits individuels ne va pas jusqu’à vouloir renoncer à son histoire. Je m’explique. Dans cette société d’individus qui se veulent avant tout libres, l’héritage apparaît comme un élément pré déterminant et donc insupportable. 

La mère déclarant comme insulte suprême à son fils : “Tu es comme ton père”, lui déclare en substance : “tu n'existes pas!”.  L’héritage “hors matériel” est donc parfois vu comme un fil à la patte, un empêchement à être. 


Dans le même temps, notre recherche d’une société plus juste, ne nous permet pas pour la partie matérielle, d’éviter la question de la légitimité de cette chance ou malchance à naître quelque part.

  
L’héritage est la base de la vie, mais il nous détermine grandement et on aime pas ça et surtout il est injuste. Alors ? Faut-il supprimer l’héritage: le matériel, le culturel, le génétique (quand on pourra) ?

Vidéos à voir : 
Faut-il supprimer l'héritage ?  

Thomas Piketty : "Il y a une culpabilisation très forte des perdants, des non-méritants"

"L'Héritage" par Valérie Dufayet :


Radio

L’héritage est-il injuste ( France Culture - Radio) https://www.franceculture.fr/emissions/du-grain-moudre/lheritage-est-il-injuste

Une série sur la succession 




QQ remarques prise à la volée

Geneviève: C’est l’usage que tu en fais !!

Christian : Comment empêcher tous les héritages? Héritages et propriété. Héritage et mémoire.  Hériter ce n’est pas posséder. Il faut ensuite le gérer. Hériter n’est pas s’approprier. Hériter c’est construire la famille. 
L’héritage est un élément injuste.  
Opposition  : Epicure, Sénèque …  
L’homme est un être d’histoire et souhaite être de puissance (surhomme)

Caroline: Logiques de reproduction sociale qui tiennent à la lutte des classes/ développement de stratégies insidieuses par les classes dominantes dès que qq chose devient égalitaire. La méritocratie n’est pas la justice. 

Jean : Héritage et propriété. La spoliation de la propriété a permis de créer les banques suisses. Retrouver les héritiers (mormons), il existe une traçabilité, on paye  des gens qui vont retrouver les héritiers. Concurrence entre frères et soeurs.  
Le revenu universel pose la question de la motivation de l’engagement au travail. 

Lou : J'hérite de plein de chose et qu’est ce que l’on fait de tout ça. Ne pas travailler pour l’argent offre un certain désintéressement. Cela éloigne l'aliénation.  Ce n’est plus l’argent pour l’argent. Le travail libéré n’est pas estimé. 

Caroline: Plan historique, psychologique: connaître, accepter sa propre histoire. Qui n’a rien à voir à mon avis avec le passage chez un notaire.                                                                        Ce qui est une réalité anthropologique est instrumentalisé: ou rejoué au niveau économique.
Revaloriser la valeur travail=peser dans le partage de la valeur ajoutée, en termes marxistes.
m’hériter

Elise : Donner de l’argent un revenu universel à la place de l’héritage.  La situation de RSA en tant que revenu universel est un choix trop difficile, est un renoncement, car c’est trop faible. 

jeudi 9 avril 2020

11 Avril 2020 - Audio Conférence -Le care peut-il remplacer le capitalisme


Si, dans toutes les sociétés, le care rassemble les activités de soins aux personnes dépendantes (enfants, personnes âgées, handicapés, etc.), cette notion ne cesse de s’élargir dans les sociétés contemporaines, dominées par le capitalisme et caractérisées
 par ce qu’on peut identifier comme les « nouveaux risques sociaux ». C’est en effet d’abord l’évolution démographique et l’allongement de l’espérance de vie dans les pays les plus riches qui ont mis sur l’agenda social et politique le coût de la prise en charge
 de ces personnes dépendantes. Le care, travail féminin invisible et relégué à la sphère familiale et domestique, devient alors un enjeu politique et socio-économique sans précédent.

Le care s’élargit dès lors à une dimension plus générale de soutien multidimensionnel – soutien matériel, physique, moral et psychique – d’individus dépendants certes, mais aussi de tout individu, tout au long de sa vie, en tant que sujet en risque de perte
 d’ « autonomie », y compris sociale. Dans cette acception, le care est donc une activité qui, aujourd’hui, déborde de son cadre traditionnel ou rejaillit sur toutes ces dimensions.

Dans cette acception élargie, le care n’est ni un comportement, ni une activité intrinsèquement dévolus aux femmes. Pour autant, les conditions historiques et sociales de l’organisation des sphères domestique et productive ont conféré et à cette activité et
 à ce comportement un genre bien spécifique. On trouve ainsi une multiplication de recherches sur cet objet, à partir de l’entrée par le genre, et dont s’emparent les travaux féministes, en particulier lorsqu’ils visent à caractériser les nouveaux rapports
 sociaux qui s’y développent.

Le care devient d’autant plus un objet de recherche qu’il est annoncé ou vécu « en crise », crise induite par un double mouvement contradictoire. On assiste, d’une part, à une augmentation de la demande de care, liée essentiellement à l’évolution démographique
 et à la transformation de la définition des besoins. Parallèlement, induite par le développement croissant et persistant de l’activité professionnelle des femmes qui rétrécit la traditionnelle « disponibilité permanente » en matière de prise en charge de leurs
 proches, une rareté relative de l’offre de care est redoutée.

C’est de ce mouvement qu’émerge une vision de crise du care. Celle-ci prend l’expression d’une insatisfaction persistante des femmes actives ou inactives, sur qui repose la prestation des services gratuits, en dépit des mesures favorisant la socialisation de
 la prise en charge du care hors et dans la famille. Elle s’exprime également à travers la critique de la qualité des soins 

Bien sûr la question de l'après confinement est là ... qu'allons nous devenir ? En est-ce fini de la consommation ? Le care est-il la solution ? quel en sont les pièges ?

Il nous faut aussi parler de valeurs. On entend souvent que le Care serait une valeur féminine, le capitalisme est-il masculins. Le capitalisme masculin serait alors face à un Care féminin.

Le care peut-il remplacer le capitalisme ? ou est-ce le combat des sexes?

Le Care- ou la démocratie sensible

Depuis quelques années, le care suscite une curiosité et une perplexité motivées entre autres par son nom, un terme anglais laissé non traduit, car impossible à rendre en français par un seul mot, tant il engage de notions variées : celles du soin, du souci, de la proximité, du fait de se sentir concerné, donc d'attitudes ou de dispositions morales (care aboutfor), mais aussi celles de l'activité et du travail de care (take care). Il semble aussi être défini négativement : I don't care, ne pas se soucier... Car la première fonction de l'éthique du care est d'attirer l'attention sur un ensemble de phénomènes négligés : en premier lieu une dimension morale, en second lieu – mais l'urgence en apparaît quotidiennement – une dimension pratique, celle des activités de care et du statut des care givers.

L'humain comme vulnérable

La pensée du care, en proposant de donner tout leur sens à des valeurs morales d'abord identifiées comme féminines – le soin, l'attention à autrui, la sollicitude – a contribué à modifier une conception dominante de l'éthique. Par là, elle a introduit des enjeux éthiques dans le politique et placé la vulnérabilité au cœur de la morale au lieu de valeurs centrales telles que l'autonomie, l'impartialité, l'équité. Le care s'efforce d'attirer notre attention sur ce qui est sous nos yeux mais que nous ne voyons pas, par manque d'attention tout simplement, ou parfois par mépris pour un domaine humain d'activité tenu pour secondaire.
Le care renvoie à une réalité ordinaire : le fait que des gens s'occupent d'autres gens, s'en soucient et veillent ainsi au fonctionnement ordinaire du monde. Les éthiques du care affirment ainsi l'importance des soins et de l'attention portés aux autres, en particulier à ceux dont la vie et le bien-être dépendent d'une attention particularisée, continue, quotidienne.

Les femmes sont-elles plus morales que les hommes?


Regardez autour de vous : les hommes ne sont-ils pas des égoïstes qui, dès leur plus jeune âge, aiment la bagarre et les jeux de guerre ? De leur côté, les femmes ne pensent-elles pas davantage aux autres qu’à elles-mêmes et ne tentent-elles pas d’apaiser les tensions ? Voilà pour les clichés ; tout le problème est de savoir quelle part de vérité ils recèlent. Pour la plupart des féministes de la première génération, la remise en cause de la domination masculine et la conquête de l’égalité des droits ont conduit à critiquer toute différence de nature entre homme et femme. C’est ce qui a amené notamment à distinguer le sexe – donnée biologique – et le genre – construction sociale de l’identité sexuelle. Or voilà qu’une nouvelle vague féministe venue des États-Unis renverse cet égalitarisme et revendique la supériorité des valeurs morales féminines. C’est le care, ou la sollicitude, l’ouverture à autrui et le dialogue qui sont mis en avant, contre le goût du rapport de force et le solipsisme jugés trop masculins. À l’heure où le “deuxième sexe” conquiert la première place – aux États-Unis, les salaires des femmes sont désormais supérieurs à ceux des hommes –, la question se pose avec une acuité particulière : si les femmes prennent le pouvoir, en feront-elles un meilleur usage que les hommes avant elles ? Le débat s’annonce vif…
selon le ministère de la Justice français, 85 % des homicides et 98 % des crimes sexuels y compris sur mineurs sont commis par des hommes, 96,8 % de la population carcérale (au 1er janvier 2011) est masculine, 84 % des victimes de crimes conjugaux sont des femmes. « Dans aucune espèce vivante, constate l’anthropologue Françoise Héritier, les mâles tuent leurs femelles, parce que cela mettrait en péril la reproduction et la survie de l’espèce… sauf chez les hommes. Battre et tuer sa femme n’est donc pas un acte bestial mais bien l’exception du mâle humain ! »
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Quelques notes prise pendant le débat :

Caroline : Notion de biens qui sont communs par définition. Avant le xviii ème siècle les “communs” dans les villages. Avant le mouvement des enclosures.
On n’a pas besoin de “créer des richesses”: mais juste de répondre à des besoins, sans en créer à tout prix.

Christian : Suppression de l’état ou que l’état ?

Caroline: place de l’économie sociale et solidaire, comme les mutuelles (quand elles sont véritables), le secteur associatif, les syndicats? Gestion paritaire avec différents partenaires citoyens?
On parle de gestion locale alors que beaucoup de choses dépendent de l’Union Européenne.
Dans les docs, il y a la remarque des 2 chercheuses”mesurer, classer c’est une opération mentale masculine”.
D’un autre côté, on peut intégrer la santé, l’éducation dans la mesure du développement. Dans le monde diplo d’avril, plusieurs articles montrent le recul de ces indicateurs dans nos pays actuellement. “Austérité, la grande faucheuse” (mesure en Angleterre). Mesurer peut donc fournir des arguments de lutte.

école inclusive/ société inclusive au lieu d’assistanat. Relations horizontales, interdépendance et non pas dépendance. Capabilité, éducabilité, accessibilité.

Alors les curés, parlons-en!  :)
Charité, bienveillance (un oeil qui veille sur nous), etat-providence (ce mot venant de la religion): des relations verticales, asymétriques! “Sortir grandi”= on fait la charité pour se sentir supérieur, meilleur chrétien. Pour bien maintenir la frontière avec l’autre”, le “faible”.

Ils veulent qu’on rende des comptes ! 


Geneviève: Avant de nous quitter, je vous invite à aller voir Cynthia Fleury, “journal d’une confinée” PHILOSOPHE et PSYCHANALYSTE. Elle parle de “bien’sur’veillance”.

Elle a travaillé sur le Care également.

vendredi 3 avril 2020

4 - Avril 2020 - A quoi sert la philosophie ? Audiodébat

Sur France Culture
https://www.franceculture.fr/emissions/le-journal-de-la-philo/a-quoi-ca-sert-la-philosophie



https://youtu.be/twU3E5014wM


A quoi sert la philosophie ?   Quelques Pistes


1/ Ça ne sert à rien de se demander si la philosophie sert à quelque chose


Certains  e demandent   à quoi peut bien servir l’enseignement de la philosophie, et raisonnent parfois comme ceci (ce raisonnement s’appelle un syllogisme) :

  1. un enseignement doit être utile pour mériter mon attention
  2. La philosophie n’est pas utile
  3. par conséquent, la philosophie ne mérite pas mon attention.
C’est vrai que la philosophie n’est pas utile dans le sens où elle ne contribue sans doute pas à la croissance économique. Mais cela peut-il justifier qu’on la néglige ? Un film, une balade en forêt, du sucre dans le café, un jeu vidéo… tout cela n’est pas utile, non plus, mais c’est bien agréable. De même, la philosophie peut être bien agréable. De plus, elle a aussi une certaine utilité. Elle permet notamment de mieux penser et développe des compétences intellectuelles qui rendront l’élève plus performant dans d’autres disciplines comme les sciences ou les lettres.

2/ Philosopher, c’est d’abord et avant tout (se) poser de bonnes questions


Un peu d’observation suffit à conclure que la majorité d’entre nous préfère apporter des réponses plutôt que de poser des questions. Un philosophe aborde les problèmes différemment et s’efforce avant tout à poser des questions précises. En effet, de nombreuses questions sont mal posées ou prématurément posées et conduisent à des réponses vaines et inadéquates. Par exemple, la question « la vie a-t-elle un sens ? » est une question qui n’a pas de sens et qui signifie sans doute autre chose. La question est trop vaste, elle manque de précision, « la vie » n’est pas une individualité dont on pourrait déterminer le sens. Peut-être que la bonne question est : « ma vie a-t-elle le sens que je souhaite lui donner ? ». Avant donc d’apporter des réponses, il s’agira en philosophie de s’évertuer à poser de vraies questions.

3/ “Se moquer de la philosophie, c’est vraiment philosopher” (Blaise Pascal dans Pensées)


En philosophie, rien n’est sacré, pas même les auteurs de philosophie. Philosopher, c’est oser penser par soi-même. On s’autorise donc à questionner les grands auteurs tels que Descartes, Platon ou Kant et il est tout à fait permis d’opposer des arguments aux leurs afin de démontrer votre propre raisonnement. Prendre garde toutefois à utiliser des arguments rationnels et non pas des opinions non justifiées. « Se moquer de la philosophie », selon l’expression de Pascal, révèle ainsi une indépendance d’esprit qui est précisément celle dont fait preuve le véritable philosophe, celui qui pense par lui-même, libre des opinions et des pressions socio-religieuses de son environnement.

a quoi sert la philosophie ?

Blaise Pascal

  "Calliclès : Il est beau d'étudier la philosophie dans la mesure où elle sert à l'instruction et il n'y a pas de honte pour un jeune garçon à philosopher ; mais, lorsqu'on continue à philosopher dans un âge avancé, la chose devient ridicule, Socrate, et, pour ma part, j'éprouve à l'égard de ceux qui cultivent la philosophie un sentiment très voisin de celui que m'inspirent les gens qui balbutient et font les enfants. Quand je vois un petit enfant, à qui cela convient encore, balbutier et jouer, cela m'amuse et me paraît charmant, digne d'un homme libre et séant à cet âge, tandis que, si j'entends un bambin causer avec netteté, cela me paraît choquant, me blesse l'oreille et j'y vois quelque chose de servile. Mais si c'est un homme fait qu'on entend ainsi balbutier et qu'on voit jouer, cela semble ridicule, indigne d'un homme, et mérite le fouet.
  C'est juste le même sentiment que j'éprouve à l'égard de ceux qui s'adonnent à la philosophie. J'aime la philosophie chez un adolescent, cela me paraît séant et dénote à mes yeux un homme libre. Celui qui la néglige me paraît au contraire avoir une âme basse, qui ne se croira jamais capable d'une action belle et généreuse. Mais quand je vois un homme déjà vieux qui philosophe encore et ne renonce pas à cette étude, je tiens, Socrate, qu'il mérite le fouet. Comme je le disais tout à l'heure, un tel homme, si parfaitement doué qu'il soit, se condamne à n'être plus un homme, en fuyant le coeur de la cité et les assemblées où, comme dit le poète, les hommes se distinguent, et passant toute sa vie dans la retraite à chuchoter dans un coin avec trois ou quatre jeunes garçons sans que jamais il sorte de sa bouche aucun discours libre, grand et généreux."

Platon, Gorgias, 484c-485e, tr. fr. Émile Chambry, GF, 1967, p. 226-227.
  
 "J'aurais […] fait considérer l'utilité de cette philosophie et montré que, puisqu'elle s'étend à tout ce que l'esprit humain peut savoir, on doit croire que c'est elle seule qui nous distingue des plus sauvages et barbares, et que chaque nation est d'autant plus civilisée et polie que les hommes y philosophent mieux ; et ainsi que c'est le plus grand bien qui puisse être en un Etat que d'avoir de vrais philosophes. Et outre cela, que, pour chaque homme en particulier, il n'est pas seulement utile de vivre avec ceux qui s'appliquent à cette étude, mais qu'il est incomparablement meilleur de s'y appliquer soi-même ; comme sans doute il vaut beaucoup mieux de servir de ses propres yeux pour se conduire, et jouir par même moyen de la beauté des couleurs et de la lumière, que non pas de les avoir fermés et suivre la conduite d'un autre ; mais ce dernier est encore meilleur que des les tenir fermés et n'avoir que soi pour se conduire. C'est proprement avoir les yeux fermés, sans tâcher jamais de les ouvrir, que de vivre sans philosopher ; et le plaisir de voir toutes les choses que notre vue découvre n'est point comparable à la satisfaction que donne la connaissance de celles qu'on trouve par la philosophie ; et enfin, cette étude est plus nécessaire pour régler nos mœurs, et nous conduire en cette vie, que n'est l'usage de nos yeux pour guider nos pas."

Descartes, Les principes de la philosophie, 1644, Première partie, Lettre de l'auteur à celui qui a traduit le livre, Vrin, 1993, p. 30-31.

 "On ne s'imagine Platon et Aristote qu'avec de grandes robes de pédants. C'étaient des gens honnêtes et comme les autres, riant avec leurs amis : et quand ils se sont divertis à faire leurs Lois et leur Politique, ils l'ont fait en se jouant. C'était la partie la moins philosophe et la moins sérieuse de leur vie. La plus philosophe était de vivre simplement et tranquillement. S'ils ont écrit de politique, c'était comme pour régler un hôpital de fous. Et s'ils ont fait semblant d'en parler comme d'une grande chose, c'est qu'ils savaient que les fous à qui ils parlaient pensaient être rois et empereurs. Ils entraient dans leurs principes pour modérer leur folie au moins mal qu'il se pouvait."

Pascal, Les Pensées, 1670, § 331 (Brunschvicg).

 "Si l'on demande à quoi sert la philosophie, la première réponse qui vient à l'esprit est : à rien ! Ce n'est pas forcément une manière de la condamner. Plusieurs philosophes vous diront que cette absence d'utilité la rend au contraire infiniment précieuse dans un monde où tout sert à quelque chose. « L'utile est toujours laid », disait Théophile Gautier, et certains auront tendance à penser que la philosophie est d'autant plus belle qu'elle est inutile. Telle n'est pas ma pensée. Je souscrirais plus volontiers à ce qu'a dit Gilles Deleuze, si ma mémoire est bonne : « Si vous pensez que la philosophie ne sert à rien, n'en faites pas ! »
Il est vrai qu'il y a des tas de choses tout à fait estimables qui ne servent à rien. La musique, l'amour, le plaisir, en un sens, ne servent à rien. Et le bonheur, à quoi sert-il ? A rien, bien sûr ! Cela n'empêche pourtant pas que l'on fasse de la musique, que l'on fasse l'amour, ou que l'on tente d'être heureux... Mais c'est qu'on recherche le plaisir, l'amour ou le bonheur pour eux-mêmes : l'agrément qu'il y a à jouir, à aimer, à être heureux se suffit à lui-même. Est-ce le cas de philosophie ?
 Soyons franc : elle frappe par sa difficulté plutôt que par son agrément. Elle est fatigante, ennuyeuse, angoissante parfois. À tel point que si, vraiment, elle ne servait à rien, on en déconseillerait la tentative à tout un chacun. Plutôt qu'un plaisir ou un art, la philosophie est d'abord un travail. Elle n'est pas que cela. Mais je crois qu'elle est avant tout un travail, avec tout ce que le travail a de pénible et souvent d'ingrat. Comme tout travail doit servir à quelque chose, la question devient : à quoi sert la philosophie ? A-t-elle un enjeu pratique ? Je crois que oui. La philosophie sert à vivre, simplement. Son but est à mes yeux le bien-vivre ou le mieux-vivre, c'est-à-dire le bonheur, ou qui peut nous en rapprocher.
 En faisant du bonheur le but de la philosophie, je m'appuie sur une tradition fort ancienne et multiforme, et d'abord sur la tradition grecque. J'en extrairais volontiers la belle définition de la philosophie que donnait Épicure, et qui va à l'encontre de l'opinion reçue selon laquelle on ne pourrait définir ce qu'est la philosophie. « La philosophie, disait Épicure, est une activité qui, par des discours et des raisonnements nous procure la vie heureuse. » J'aime tout, dans cette définition. Que la philosophie y soit une activité, et pas seulement une théorie. Qu'elle procède par discours et raisonnements, et pas seulement par intuitions et visions. Qu'elle tende au bonheur !
 Je donnerai pour ma part la même définition quant au fond, formulée dans un langage peut-être plus moderne : la philosophie est une activité discursive, qui a la vie pour objet, la raison pour moyen et le bonheur pour but. Je pense répondre ainsi aux deux questions : « Qu'est-ce que la philosophie et à quoi sert-elle ? » Car ces deux questions n'en font qu'une. Inutile de préciser que cette définition est mienne. Elle ne prétend pas valoir pour toutes les philosophies. Mais cela même est philosophique.
Il faut encore préciser. Dire que la philosophie sert à vivre mieux, à être plus heureux, n'est évidemment pas à entendre comme l'annonce qu'il existerait des spécialistes à même de faire votre bonheur à votre place, tout comme une femme de ménage peut faire votre ménage pour que vous n'ayez pas à le faire. Les philosophes ne sont pas les femmes de ménage de l'esprit. Leur existence ne saurait vous dispenser de philosopher. Ils ne peuvent servir qu'à vous aider à philosopher vous-même, par vous-même, pour vous-même.
 C'est parce que la philosophie sert à vivre qu'elle ne peut appartenir en propre aux philosophes de métier. Et c'est pourquoi aussi personne ne peut se dispenser de philosopher. Dès lors qu'on essaie de penser sa vie et de vivre sa pensée, on philosophe, peu ou prou, et plus ou moins bien. Les grands auteurs nous aident seulement à philosopher un peu mieux.
 Il reste encore à préciser que si le bonheur est le but de la philosophie, il n'est pas sa norme. Ce n'est pas parce qu'une idée me rend heureux que je dois la penser ; c'est uniquement parce qu'elle me paraît vraie. Il ne s'agit donc pas de penser ce qui me rend heureux, ce qui serait faire du bonheur la norme et soumettre la philosophie à une espèce de pragmatisme éthique. Il s'agit de penser ce qui me paraît vrai. Or s'il y a contradiction entre ces deux exigences, la normativité du vrai et la finalité du bonheur, la dignité du philosophe se joue toute entière dans le fait qu'il choisit la vérité. Si quelqu'un a le choix entre un bonheur et une vérité, il n'est philosophe qu'en tant qu'il choisit la vérité.
Cet amour du vrai me semble commun à tous les philosophes. À tel point que ceux qui ne se soumettraient pas à cette norme de la vérité, de mon point de vue, ne seraient plus des philosophes, mais bien ce que la tradition appelle des sophistes. Car si la philosophie sert à quelque chose, c'est en fin de compte à chercher le bonheur dans la vérité. Le but et la norme de la philosophie se rencontre ici, et cette rencontre, quand elle est effective, définit la sagesse. Ce bonheur ne serait pas fait, comme la plupart des plaisirs contingents. Ni d'illusions et de mensonges. Ce bonheur serait fait de vérité, et c'est ce qu'on appelle la béatitude : le bonheur dans la vérité, ou l'amour vrai du vrai."

André Comte-Sponville, Une éducation philosophique, 1989.

Quelques Notes prises à la volé pendant l'audiomeeting.( Qui à pas mal fonctionné finalement)

E. : Questionnement, cela sert à prendre de la hauteur
G.: servir me dérange, apprendre à regarder à se détacher, apprendre à penser et à (se) questionner
Jean : Accroître les forces de l’esprit. Apprendre à apprécier ce que l’on a et savoir se conduire en être humain.

Définition de la philosophie :  Est-ce une science ?  C’est plus qu’une science. car cela tient compte du ressenti. La philosophie va plus loin que les sciences.

J. :  On ne peut pas utiliser la philo si elle ne va pas dans les domaines voisins, science, morale, éthique, psychologie, social, métaphysique….

G.: se nourrit des connaissances et évolue.

La philosophie sert à apprendre à vivre et apprendre à mourir.
Lettre d’épicure à Ménécée
https://fr.wikipedia.org/wiki/Lettre_%C3%A0_M%C3%A9n%C3%A9c%C3%A9e

J. : Ca sert à ce que les hommes sachent vivre en commun (spectacle de l’humanité). La métaphysique : ce qui est en dehors de la physique.  

C’est gratifiant de trouver qq chose,
C’est une élévation
On s’élève donc on se questionne , on s’épanouit, on apprend que la “frustration est bonne” car 
La bonne frustration est celle qui nous fait grandir, qui éclaire.
La bonne frustration est ce que c’est la frustration dont on fait un élément philosophique 
L’enfant qui n’accepte pas la frustration devient tyrannique et quitte l’humanité
La frustration est un moyen de faire de la philosophie, tout est expérience pour l’enfant
La bonne frustration est de ne pas céder à ses pulsions ? MAis élise dit le contraire maintenant ! Il faut confronter ses désirs à la durée. Les devoirs de l’individu envers lui-même.

Accepter le paradoxe de nos émotions ?Apprendre à faire avec, c’est philosophique ? Apprendre à s’écouter en ne se mettant pas en danger ?La philosophie est là pour nous éclairer et la passion nous aveugle. 
Conclusion par G.:  Ce que je constate,c’est que cette philosophie nous permet de s'interroger et d’être lucide et à mettre du sens à ce qui se passe, à la nature, à la vie, à rester branché à la réalité.
A être lucide sur soi-même. 
C. : La philosophie , c’est aussi le seul moyen d'échanger des mots sans être dans la médisance ni dans le bêtise de la bien-pensante. Puisque dés que l'on doute l'on est en philosophie.