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jeudi 2 novembre 2023

Samedi 25 novembre 2023 - Médiathèque de Noé - La violence ? - Animé par F. Tolmer



La violence est un concept à propos duquel on se pose beaucoup de questions, très actuelles. Beaucoup de gens disent que nous vivons aujourd’hui (en France, disons) dans une société violente, et les médias nous le montrent bien… Bien qu’elle soit presque unanimement décriée, on la produit toujours. Toutes les horreurs du 20ème siècle n’ont pas suffi à éradiquer la guerre et son cortège de violences. Et pourtant, certains anthropologues considèrent que notre société occidentale est devenue, dans les temps modernes, beaucoup moins violente. Par comparaison, par exemple, avec le moyen âge, ou le monde perçu comme idyllique, des tribus amazoniennes : un fort pourcentage de la population masculine y meurt de guerres inter-tribales 

Alors, voici quelques questions qu’on peut se poser à propos de la violence : 

La violence est-elle une notion objective (factuelle) ou subjective (ressentie) ? 

Pourquoi produit-on la violence ? Est-ce une création de l’homme ? Fait-elle partie de sa nature ? Et à propos de nature, peut-on dire que la Nature est violente ? 

Faut-il bannir la violence ? Est-elle inévitable, un monde sans violence est-il possible ? Souhaitable ?  Et s’il y a violence, quel peut être son rôle ? 

Y a-t-il une violence légitime ?  

Que faire face à la violence ? Faut-il préserver les enfants de toute forme de violence ? Les préparer à l’affronter ?  

Voici quelques-unes des questions dont nous pourrons discuter ensemble lors de notre atelier philo du 25 novembre. 

Au plaisir de nous retrouver et d’échanger 

Françis

 

Quelques reflexions

La violence désigne la force exercée pour soumettre quelqu'un contre sa volonté. C'est une atteinte portée à la personne humaine (ou à un groupe d'individus) de manière physique ou psychique et qui cause des souffrances traumatisantes. La tradition philosophique s'interroge prioritairement sur l'origine de la violence.

La philosophie a rencontré dès l’origine la question de la violence. Ainsi Héraclite d’Éphèse (fin du vie-début du ve siècle avant J.-C.) affirme-t-il la nature antagonique de l’Être traversé et animé par le conflit (Polemos) : « Le conflit est père de toutes choses, roi de toutes choses », est-il dit au fragment 53. L’affrontement perpétuel des contraires produit une incessante mobilité dans la nature où tout s’écoule et rien ne demeure.
Deux siècles plus tard, Platon rencontre de nouveau la violence, cette fois sous la forme d’un défi éthique à la philosophie. Dans le dialogue Gorgias, Socrate, le philosophe qui cherche à parvenir à la vérité à travers la dialectique, c’est-à-dire en pratiquant la discussion libre, rencontre l’opposition du sophiste qui entend, lui, faire prévaloir l’opinion la plus vraisemblable et politiquement la plus utile. Derrière l’apparence encore aimable du sophiste se profilent des interlocuteurs plus radicaux et plus violents, Calliclès et Polos, qui défendent le recours à la force en lieu et place de la persuasion – parce que la violence persuade de manière expéditive. Dans cet affrontement inaugural, la philosophie se pose comme refus de la violence, choix de la libre discussion et de la raison, entrée dans le dialogue et non pas affrontement des forces. Philosopher, c’est raisonner et persuader, ce n’est ni imposer ni contraindre.
Ces deux figures initiales de la violence définissent des problématiques ontologiques et éthiques de la violence…
La tradition philosophique s’interroge donc prioritairement sur l’origine de la violence. Alors qu’elle est naturelle aux yeux de Machiavel ou de Hobbes, elle provient de l’organisation sociale et de l’histoire pour Rousseau ou Marx. Pour la psychanalyse, la violence est constitutive du psychisme humain. On veut savoir ensuite si la violence peut être rationnellement justifiée. Elle est comprise par les gouvernants comme un moyen nécessaire pour maintenir l’ordre. Ainsi Weber définit-il l’État comme l’instance qui a « le monopole de la violence légitime ». Inversement, elle est revendiquée par ceux qui estiment que l’État abuse de son pouvoir et ne peut pas être réformé. C’est pourquoi Marx en appelle à la révolution du prolétariat tout comme Georges Sorel, auteur de Réflexions sur la violence (1908). L’anarchisme, pour sa part, est divisé quant à l’usage de la violence. Allant du simple sabotage au terrorisme, l’action anarchiste peut aussi refuser tout usage de la force, comme on le voit chez Thoreau, Tolstoï et Gandhi, théoriciens de la non-violence. D’une manière générale, la violence ne doit pas être confondue avec la force ou le conflit. Il n’y a de violence que lorsque la force est en action, se déchaîne et cause des préjudices.


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