Accéder au contenu principal

[Lycée français Casablanca] Classe de CE1 - Amour Amitié qu'elle est la différence ? 02/12/21

 






Si l’on définit l’amour, avec Alain Badiou, comme l’expérience d’une altérité et du décentrement qui s’ensuit, d’un « devenir deux », cette définition peut correspondre également à celle de l’amitié. Pourtant, si l’on définit l’amitié comme une relation qui rend meilleur (Aristote) ou qui rend la vie plus douce (Giorgio Agamben), cette définition pourrait aussi s’appliquer à l’amour. Reste la question sexuelle, mais il est des amours platoniques, des amitiés sensuelles ou des « sex friends »… Probablement faut-il chercher une différence dans la manière dont l’amour, même s’il nous rend parfois plus forts, plus vivants ou plus heureux, nous fragilise. L’amour, en effet, peut être l’occasion du réveil de blessures d’enfance : peur de l’abandon, de la perte, de n’être pas assez aimé… En nous attachant à l’être aimé, l’amour risque de faire renaître cette peur « abandonique » de l’enfance que nous avons souvent con­nue et parfois oubliée. Dans ce cas, l’amour – l’amour-passion du moins, que les Grecs appelaient éros et qui se traduit par le manque de l’être aimé, dès que ce dernier n’est pas à nos côtés – ébranlerait notre vie psychique davantage que l’amitié. Et nous pourrions, dans l’amitié, goûter une forme d’amour plus aisément délivrée des souffrances de la dépendance ou de la possessivité, qui expriment fréquemment le retour de cette peur de l’abandon. C’est cette forme d’amour que les Grecs nom­maient philia et qui se traduit, elle aussi, par… amitié. Elle renvoie à la joie d’être avec l’autre (sans en manquer, donc, puisqu’il est avec nous), de se développer à son contact, de vivre une belle histoire avec lui, davantage qu’à l’amour-passion charriant son lot de manque, de désir et de souffrances. 

 

Posts les plus consultés de ce blog

Lycée - 14 mai 2024 - Peut-on lancer un nain qui le veut bien ?

L’affaire dite du lancer de nain Le Maire de Morsang-sur -Orge avait interdit sur sa commune une attraction foraine dite "du lancer de nain". L’arrêté municipal avait été attaqué devant le TA de Versailles qui en avait ordonné l’annulation. Saisi par un pourvoi, le Conseil d’Etat annule ce jugement en insérant la dignité de la personne humaine à la liste des "principes généraux du droit" qui autorisent par décret ou arrêté les autorités publiques à prendre telle ou telle décision fondée non sur une loi (inexistante) mais sur l’un de ces principes dégagés par la jurisprudence administrative ou constitutionnelle. Le paradoxe de cette affaire est le suivant : le nain était parfaitement consentant et c’est sa dignité qu’il mettait en avant à l’appui de sa requête contre l’arrêté municipal : selon lui, ce travail lui avait redonné sa dignité (avant il vivait du RMI). Or, le Conseil d’État ne lui a pas donné raison : à la dignité invoquée par le nain, il a été opposé la d...

[25 - 10-2025 Noé] Autrui est-il, pour notre liberté, un obstacle ou une condition ?

  L'échange des otages entre Israël et le Hamas en ce jour du 13 octobre 21025 est une libération pour chacun d'entre eux.  C'est donc ici bien l'autre qui me libère? Mais c'est bien aussi (ici) l'autre qui a emprisonné.  Dans les temps troublés que nous traversons, où l’on voit des peuples entiers se heurter dans la violence — de Gaza à tant d’autres lieux du monde — la question d’autrui prend une dimension tragique. Autrui n’est plus seulement le voisin ou le compagnon de vie, mais celui dont la simple existence semble parfois menacer la nôtre. Pourtant, comme le rappellent Levinas et Arendt, la liberté n’est réelle qu’à travers le lien avec les autres : elle suppose la reconnaissance du visage d’autrui, le partage d’un monde commun. Refuser autrui, c’est risquer de s’enfermer dans une liberté illusoire, celle du solitaire ou du dominateur. Mais à l’inverse, comme le voyait Sartre, autrui peut aussi m’objectiver, m’enfermer dans son regard, me nier. Ainsi, ent...

College 6/05/2024 - Qui veut, peut ?

Quand on veut, on peut ?  Est-ce vrai, si ce n'est pas vrai alors pourquoi le dit on ? Il n’y a pas d’expérience plus commune que de vouloir vraiment quelque chose sans toutefois l’obtenir. Alors, que cache vraiment cette expression, "quand on veut, on peut" ou encore " il faut se donner les moyens" ? Pourquoi, quand on veut, on ne peut finalement pas réussir notre action ? L'expression "quand on veut, on peut" signifie d'une manière à peine voilée, que vous ne voulez pas vraiment réussir. Et tout est dans ce "vraiment" ! Comme si c'était une simple question de volonté… C’est aussi une manière de vous dire que si vous fournissiez des efforts, eh bien ils s’avèreraient payants. C’est donc comme si, de la volonté, découlaient forcément les efforts, et des efforts les résultats. En fait, derrière cette formule, se cache l’idée que le travail paie nécessairement, et donc que celles et ceux qui réussissent le méritent car il suffit de ...