Le titre "Sortir de la pauvreté?" possède une masse de présupposés. J'en suis bien conscient. Les plus évidents étant que l'on pourrait cesser d'être pauvre et que l'on désirerait cesser d'être pauvre, et j'en passe. Alors pourquoi cette question ?
D’abord parce que la pauvreté est une réalité. En France, en 2015, 13 % des individus disposaient de moins de 1 015 € mensuels (somme correspondant au seuil de pauvreté relatif).
Je vous propose en premier lieu de réfléchir sur les définition des seuils de pauvreté financière. Il y a typiquement deux seuils de pauvreté.
Définitions
- Le "Seuil de pauvreté monétaire relative" : Dans l’hexagone, le seuil de pauvreté est fixé par convention à 60% du niveau de vie médian de la population. Mesuré en 2019, il correspond à un revenu disponible de 1 102 euros par mois pour une personne seule et de 2 314 euros pour un couple avec deux enfants de moins de 14 ans.
Il s'agit donc de parler d'inégalité
- Le seuil de pauvreté monétaire absolue : Le seuil de pauvreté absolue se calcule en fonction d’un panier annuel de consommation minimale. Celui-ci se constitue des ressources essentielles qu’un adulte consomme en moyenne pendant un an. Il permet de déterminer le niveau de revenu global indispensable pour assurer un niveau de vie « tolérable » en tenant compte de la valeur des monnaies. Le seuil de pauvreté absolue, qui correspond au seuil international de pauvreté, est évalué en 2022 à 2,15 dollar par jour, selon la Banque Mondiale. En France, Il s'agit donc d'un indicateur de pauvreté absolue, qui correspond à l’exclusion de pratiques et de consommations de base. L'Insee fixe un seuil de pauvreté en conditions de vie lorsqu'au moins 5 facteurs de privations sur les 13 définis se cumulent. Les 13 facteurs se déclinent au niveau individuel pour les 6 premiers, et au niveau des ménages pour les 7 suivants :
- Facteurs individuels (6)
- ne pas pouvoir s’acheter de vêtements neufs pour des raisons financières,
- ne pas posséder deux paires de chaussures pour des raisons financières,
- ne pas pouvoir se réunir avec des amis ou de la famille autour d’un verre ou d’un repas au moins une fois par mois pour des raisons financières,
- ne pas pouvoir dépenser une petite somme pour soi-même sans avoir à consulter les autres membres du ménage,
- ne pas pouvoir avoir une activité de loisirs régulière par manque de moyens financiers,
- ne pas avoir accès à Internet pour un usage privé par manque de moyens financiers,
- Facteurs du ménage (7)
- avoir des arriérés de traites d’achats à crédit, loyers, emprunts ou factures d’eau / gaz / électricité / téléphone,
- ne pas pouvoir faire face à des dépenses imprévues d’un montant d’environ 1 000 euros,
- ne pas pouvoir maintenir le logement à bonne température pour des raisons financières,
- ne pas pouvoir se payer une semaine de vacances dans l’année hors du domicile,
- être dans l’incapacité de remplacer des meubles abîmés pour des raisons financières,
- ne pas pouvoir manger de la viande, du poulet ou du poisson (ou équivalent végétarien) tous les deux jours pour des raisons financières,
- ne pas pouvoir se payer une voiture personnelle
Interrogeons c'est deux définitions :
L’une repose sur une comparaison avec l’ensemble de la population : elle mesure l’écart.
L’autre concerne l’accès aux éléments nécessaires à la vie elle-même.
Il y aurait donc deux références pour juger de la pauvreté :
-
la pauvreté relative : être moins riche que les autres ;
-
la pauvreté absolue : ne pas avoir assez pour vivre physiologiquement.
Les autres pauvretés
Mais la pauvreté n'est pas que financière. Dans mon pays toulousain, le pauvre ou le "Pôooovreeee" est celui qui ne peut pas faire, le mort qui ne peut plus faire "du tout" étant le pauvre absolu : "Il est mort le pauvre !".
On retrouve ici dans le fait de nommer le pauvre, cette double référence il ne peut pas faire ce que les autres peuvent faire en général : "Il est malade, le pauvre, il ne peux plus sortir du lit" ou encore plus grave, il ne peut plus faire ce qu'il doit faire pour rester en vie : "Avec ses problèmes pulmonaires, le pauvre, il ne peut plus respirer". Référence à ce que les autres font en général et à ce que doit faire un humain pour vivre. Cela rejoint la notion de nécessiteux, celui qui est dans la nécessité de faire ou d'obtenir et qui se heurte à des difficultés qui le maintiennent dans cet état au de là du temps typique de réaction.
Et la misère
la misère est ce qui correspondrait au sentiment vécu par celui qui est dans une pauvreté absolue, un sentiment d’impuissance, où l’on peut se dire : « je ne vois plus comment m’en sortir ».
Conclusion provisoire
Il y aurait donc :
-
un sentiment de pauvreté, né de la comparaison avec les autres ;
-
un état de pauvreté absolue, défini par le manque crucial d’un pouvoir être, faire ou avoir.
La liste
Essayons ici de faire une liste des expressions qui parle de misère, de "pauvre en" etc .... jusye pour savoir ce que le langage à intégré comme des éléments possibles dont on peut manquer.
Avec “misère” : Misère sexuelle, Misère affective; Misère sociale; Misère intellectuelle, Misère morale, Misère matérielle / économique, Misère physiologique (santé, alimentation),, misère relationnelle, misère symbolique ...
Avec “pauvre de” : Pauvre d’esprit, Pauvre de cœur / pauvre de sentiments, Pauvre de vocabulaire, Pauvre d’idées / d’imagination, Avec “pauvre en”, Pauvre en esprit / en intelligence, Pauvre en empathie / en humanité, Pauvre en amour / en affection, Pauvre en culture / en références, Pauvre en moyens / en ressources, Pauvreté spirituelle, pauvreté intellectuelle, pauvreté relationnelle
La pauvreté et la philosophie
Que peut faire la philosophie de la pauvreté ? Pas grand chose, du moins en apparence.
Un état positif quand elle est matérielle:
La première chose c'est de souligner les éléments positifs de cet état.
Deux livres sur la pauvreté matérielle :
Penser la pauvreté
Une question classique : Peut-on philosopher dans la pauvreté ?
Et notre question : Sortir de la pauvreté ?
Elle en ouvre de nombreuses autres :
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De quelle pauvreté parle-t-on ?
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En sortir est-il possible ?
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Si la pauvreté relative repose sur la comparaison, peut-on sortir d’un système comparatif ?
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Quel est le rôle de la société dans le traitement des pauvretés ?
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Pourquoi la misère attaque-t-elle la dignité, la pensée, la liberté ?
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Philosophe-t-on de la même manière quand on a faim ?
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La pauvreté est-elle une forme d’exclusion du monde commun ?
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Est-elle un accident ou le produit d’un système économique et politique ?
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Entretient elle des rapports de domination (travail précaire, invisibilisation) ?
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La misère est-elle un symptôme d’organisations sociales ?
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Est-elle dangereuse ? (Aristote : une cité trop inégalitaire devient instable.)
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Est-elle un mal moral ? (Thomas d’Aquin, Rawls.)
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Est-elle liée à la propriété ? (Rousseau.)
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Si elle n’est pas naturelle, est-elle une fabrication sociale ?
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Peut-on être riche en argent et pauvre dans tout le reste ?
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Le handicap est-il une pauvreté de moyens ?
France Culture : Ce que la pauvreté dit aux philosophes
Philo Magazine : Comment définir la pauvreté ?
La pauvreté est-elle un objet philosophique [article]Eric Lecerf
