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Collège 2/02/2026 - A quoi sert-il de souffrir ?

 


À quoi nous sert-il de souffrir ?

La souffrance fait partie de la vie.
Tout le monde souffre un jour : quand on a mal physiquement, quand on est triste, quand on se sent seul, humilié, inquiet ou en colère. Personne ne cherche la souffrance, et pourtant elle arrive, parfois sans prévenir.

Alors une question étrange se pose :
👉 À quoi nous sert-il de souffrir ?

Cette question peut surprendre, voire choquer.
Car quand on souffre, on n’a pas l’impression que cela « sert » à quelque chose. La souffrance fait mal, dérange, fatigue, décourage. Elle semble plutôt être quelque chose qu’on voudrait éviter à tout prix.

Mais si l’on pose la question, ce n’est pas pour dire que la souffrance est bonne ou souhaitable.
C’est pour se demander si, malgré tout, elle peut avoir un sens, un rôle, ou une conséquence dans nos vies.


Qu’est-ce que la souffrance ?

La souffrance, ce n’est pas seulement la douleur du corps.
On peut souffrir physiquement (une blessure, une maladie), mais aussi moralement :

  • quand on perd quelqu’un qu’on aime,

  • quand on se sent rejeté ou incompris,

  • quand on a peur, honte ou qu’on se sent inutile.

La souffrance est donc une expérience intérieure : c’est ce que l’on ressent quand quelque chose nous fait mal, nous touche profondément ou nous dépasse.


Que veut dire « servir » ?

Dire que quelque chose sert, c’est dire qu’il a une utilité, un but, ou qu’il permet d’obtenir quelque chose.
Par exemple :

  • Un outil sert à fabriquer ou réparer.

  • L’école sert à apprendre.

  • Un feu rouge sert à éviter les accidents.

Alors poser la question « à quoi nous sert-il de souffrir ? », c’est se demander :

  • Est-ce que la souffrance nous apprend quelque chose ?

  • Est-ce qu’elle nous transforme ?

  • Ou bien est-elle simplement inutile et injuste ?


Une vraie question philosophique

Les philosophes ne sont pas tous d’accord sur cette question.

Certains pensent que la souffrance peut :

  • nous faire grandir,

  • nous rendre plus forts ou plus lucides,

  • nous aider à mieux comprendre les autres.

D’autres pensent au contraire que :

  • la souffrance ne sert à rien,

  • elle est absurde,

  • et que vouloir lui trouver un sens peut être dangereux ou faux.

👉 Il n’y a pas de réponse toute faite.
C’est justement pour cela que cette question est philosophique.

Dans cet atelier, il ne s’agit pas de dire que souffrir est bien, ni de nier la douleur.
Il s’agit de réfléchir ensemble :
qu’est-ce que la souffrance fait à l’être humain, et que peut-on en faire ?

D’autres manières de comprendre à quoi sert la souffrance

1. La souffrance comme signal d’alerte (approche « darwinienne »)

Du point de vue du corps et de l’évolution, la souffrance peut être vue comme un avertissement.

Quand je me brûle la main, la douleur m’oblige à la retirer immédiatement.
Si je ne ressentais rien, je pourrais me brûler gravement, voire mourir sans m’en rendre compte.

Dans ce sens, la souffrance :

  • signale un danger,

  • protège la vie,

  • pousse à éviter ce qui nous détruit.

Elle ne serait donc pas là pour faire mal « pour rien », mais pour empêcher un mal plus grand.

👉 Mais cette explication pose déjà une question :
toutes les souffrances sont-elles utiles de cette manière ?
La souffrance morale, la tristesse profonde ou la perte d’un proche servent-elles aussi d’alerte ?


2. La souffrance comme réveil intérieur ou spirituel (approche mystique)

Certaines traditions religieuses ou spirituelles pensent que la souffrance peut nous faire sortir de nous-mêmes.

Quand on souffre :

  • on ne peut plus rester indifférent,

  • quelque chose en nous se réveille.

La souffrance peut alors devenir :

  • colère contre l’injustice, qui pousse à agir,

  • appel à une aide plus grande que soi,

  • occasion de rencontrer une force intérieure, ou Dieu, que l’on ne percevait pas avant.

Dans cette vision, la souffrance ne serait pas voulue pour elle-même,
mais elle pourrait ouvrir :

  • une prise de conscience,

  • une transformation intérieure,

  • un lien plus profond avec les autres ou avec le divin.

👉 Mais là encore, une question se pose :
faut-il souffrir pour devenir juste, bon ou croyant ?
Et est-ce que cela ne risque pas de justifier des souffrances injustes ?


3. La souffrance comme origine de l’empathie et du lien social

La souffrance est aussi ce qui permet de dire à quelqu’un :

« Je sais ce que tu vis, je l’ai vécu. »

Parce que nous avons souffert :

  • nous comprenons la douleur des autres,

  • nous pouvons compatir,

  • nous avons envie d’aider.

Dans ce sens, la souffrance serait le ciment des sociétés humaines :

  • elle rend possible la solidarité,

  • elle crée des liens,

  • elle fonde l’empathie.

Sans souffrance, il n’y aurait peut-être :

  • ni compassion,

  • ni justice,

  • ni entraide.

👉 Une question vertigineuse apparaît alors :
pourrions-nous faire société sans souffrance ?
Une humanité sans douleur serait-elle encore humaine, ou simplement indifférente ?


Une question qui reste ouverte

Ces approches montrent que la souffrance peut :

  • protéger,

  • réveiller,

  • relier.

Mais aucune ne suffit à expliquer toutes les souffrances.
Certaines semblent utiles, d’autres absurdes, injustes ou destructrices.

La vraie question n’est peut-être pas seulement :

« À quoi sert la souffrance ? »

Mais aussi :

Que faisons-nous de la souffrance quand elle est là ?


Exercice pédagogique

Poings serrés – Souffrir sans avoir mal

Question centrale
👉 Souffrir, à quoi ça sert ?


Objectif

Faire éprouver une forme de souffrance non douloureuse (tension, retenue, inconfort) afin d’élargir la notion de souffrance et de questionner son éventuelle utilité, sans la valoriser ni la moraliser.


Public

  • Collégiens

  • Adapté aux ateliers philo de type Moulin


Durée

  • 3 à 5 minutes


Matériel

  • Aucun


Déroulement

  1. Mise en situation
    L’enseignant dit calmement :

    « Serrez les poings.
    Comme quand on est en colère mais qu’on se retient.
    Gardez. »

    Silence.
    20 à 30 secondes.

  2. Relâchement

    « Vous pouvez relâcher. »

    Temps de respiration.

  3. Première question (expérience vécue)

    « Qu’est-ce que vous ressentiez exactement ? »

    (tension, énervement, agacement, soulagement…)

  4. Question-clé de déplacement

    « Est-ce qu’on peut souffrir sans avoir “mal” ? »


Trace écrite possible (au tableau)

Souffrance

  • douleur

  • tension

  • retenue

  • colère

  • inconfort

  • signal


Question finale (très Moulin)

« Si la souffrance sert parfois…
est-ce que ça veut dire qu’elle est bonne ? »

Silence.
Fin de l’exercice.


Intérêt pédagogique

  • La souffrance est abordée par le corps, pas par le récit intime

  • L’exercice évite toute mise en danger ou exposition personnelle

  • Il distingue :

    • utilité

    • valeur

    • justification

  • Il introduit une dimension tragique : certaines questions n’ont pas de réponse simple


Remarque pédagogique

Cet exercice ne vise pas à dire que la souffrance est nécessaire ou souhaitable, mais à montrer qu’elle peut parfois avoir une fonction sans être une valeur.


👉 Phrase de clôture possible (facultative)

« Ce n’est peut-être pas la souffrance qui est bonne,

mais ce qu’elle nous oblige à entendre. » 

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