Penser par soi-même avec les autres ?
A Noé à 10h30, l'atelier sera animé par jean Casabonne et Geneviève Letellier.
Simone Weil
“La collectivité est une idole qui dévore les âmes.”
Nous vous proposons pour préparer cette rencontre de regarder préalablement le film 12 hommes en colère - Le film est visible gratuitement sur la plateforme France télévision : https://www.france.tv/films/films-drame/746665-douze-hommes-en-colere.html

l'allégorie de la caverne : https://www.youtube.com/watch?v=sI18poMrOIQ
Penser par soi-même est déjà une gageure, nous pouvons bien le dire, nous sommes un amas d'opinions préconçues entassées sur des fondations de modèles de références hérités eux-mêmes posés sur la couche sédimentaire de l'histoire de l'humanité.
Le langage, lui-même , nous est livré comme un outil formateur de la pensée sans que nous puissions interférer avec ses règles. Wittgenstein disait : “Les limites de mon langage signifient les limites de mon monde.”.
Et quant à la décoration intérieure de l'amas d'opinion qui nous sert de résidence, il est lui-même envahi de messages publicitaires qui nous manipulent afin d'en faire un objet qui s'achète.
Bref, penser pas soi-même ? c'est pas gagné !
Mais il se passe autre chose. L'être humain est par nature au départ dépendant pour sa survie et cela indépendamment du milieu. Poser un nourrisson au sol et revenez 3 jours plus tard, il a reçu des soins ou il est décédé. Mais dans une société ou la possibilité de devenir un chasseur-cueilleur ou un cultivateur est réduite à néant par la nécessité d’être possédant pour l’exercer, il lui est ensuite impossible de ne pas dépendre des autres pour obtenir de la nourriture. L’être humain est donc par nécessité dépendant des autres.
Cette dépendance est présentée par le groupe comme unilatérale. En effet le groupe constitué et organisé, ne peut pas être dépendant de l’individu. C’est ainsi qu’il se présente comme antérieur à l’individu, comme le dépassant. On peut trouver ici ou là des limites à cette indépendance du groupe vis-à-vis de l’individu. Par exemple, un groupe vieillissant va rechercher du « sang neuf » et accepter un certain volume d’immigration pour se rajeunir. On peut aussi parler de l’exogamie qui est nécessaire à un apport génétique. Mais dans ces cas-là, c’est le groupe qui sélectionne les individus « souhaitables » et cela reste réduit à des conditions spécifiques de sélection et à un nombre de candidats adapté.
L’individu, lui, n'a pas le choix, il lui faut être admis dans une communauté. Ce déséquilibre, bien compris par la majorité des êtres humains, va dans les premières années apparaître comme les symptômes de stress d’abandon de la théorie de l’attachement puis par une volonté d’exister, de participer d’une collectivité qui donnera une identité à l’individu.
Il se passe alors la mise en place d’un contrat entre le groupe et l’individu. La communauté existante proposant aux individus désireux de la rejoindre ou de ne pas en être expulséds de « suivre des règles ». La loi représente un exemple de ces règles. De plus, il existe un espace de délibération ou le groupe est apte à la négociation. Cependant il existe aussi un espace ressenti par le groupe comme identitaire, un espace que le groupe considère comme non négociable, où la croyance prime sur le raisonnement. Cet espace est sacré, il sera interdit sous peine de devoir quitter le groupe de l’interroger. Alors il existe une règle qui ne s’écrit et ne se dit pas, elle qui est en dehors des règles de l’état de droit. Cette règle est celle d’une allégeance demandée à l’individu dans cet espace d’identité réciproque. Cette allégeance prend la forme d’un sacrifice terrible qui est celui de sa pensée personnelle. Ainsi l’individu, en contrat d’adoption, va devoir se taire. Se taire dans les écoles devant les règles républicaines, les églises devant le mystère de l’immaculé conception, à table dans la famille devant les violences du père à la mère, dans les meetings politiques devant les traits agressifs des militants — ou plutôt apprendre à participer selon le rite établi, qu’il soit institutionnel, religieux, familial, politique ou simplement culturel. Ce rite qui va l’obliger à marquer d’ un mimétisme de « bien pensance » la cérémonie au renforcement du groupe devant les figures d’autorité qui introduisent une hiérarchie, parfois visible, parfois diffuse.

Existe-t-il un groupe sans une forme d’autorité qui n’exige pas, à un moment donné, la suspension de la pensée ? Si ce n’est pas le cas, alors : Penser par soi-même avec les autres ? Vous avez bien le bonjour d’Alfred ! Cependant, "Penser seul" est un risque terrible, celui des radicalités les plus extrêmes. En effet les autres sont au-delà d’être des éclaireurs de réalité, les marqueurs des limites que notre pensée peut dans l’isolement, nous amener à franchir. Et, comme le rappelle Merleau-Ponty, “Nous ne pensons jamais seuls.”.
Alors ni sans ni avec ?
